Une histoire d'architecture
Le lycée militaire d'Autun
Le saviez-vous ?
Le bâtiment de l’actuel lycée militaire d’Autun a eu des fonctions diverses et variées avant de revenir à ses origines de lieu d'enseignement.
La construction de ce bâtiment a été demandée par Monseigneur Gabriel de Roquette, évêque d’Autun et proche de la famille royale. La première pierre est posée le 18 octobre 1669. Il servait initialement de grand séminaire (il s’agit du nom de l’institution mais aussi du lieu de formation des prêtres). Les fonds nécessaires au lancement de cette construction viennent en grande partie du roi, Louis XIV, comme l'atteste des lettres patentes (dans ce cas, acte de propriété signé par le roi). L’emménagement dans les murs aurait eu lieu en novembre 1678, alors que les travaux sont toujours en cours.
Des matériaux très particuliers ont été utilisés ou plutôt "réutilisés" lors de cette construction ; à savoir les pierres du théâtre romain de la ville alors que cette pratique était proscrite.
L’ensemble a été dessiné par l’architecte du roi François d’Orbay et André Le Nôtre, l'illustre concepteur des jardins du château de Versailles s'est chargé d'imaginer ceux du séminaire d'Autun.
Au moment de la Révolution, les lieux perdent leur usage d’école de prêtrise. Ils ont notamment servi de magasin à grains et à fourrage en 1797. Cependant, des travaux de restauration sont entrepris en 1802 et le 11 avril 1805, le bâtiment retrouve, en partie, sa fonction de lieu d’enseignement. En effet, la moitié des locaux est attribuée à la ville pour en faire une école secondaire communale et, l’autre moitié est destinée au séminaire métropolitain de Besançon. Les lieux ont également servi de prison en octobre 1805, après la victoire de la France contre les troupes autrichiennes à Ulm. En janvier 1808, les lieux redeviennent école (cette fois-ci mixte) puis à nouveau une prison en 1810. En 1813, les lieux sont restaurés et restitués intégralement au clergé.
C’est à cette même date que le bâtiment prend la fonction de petit séminaire. A la différence du grand séminaire, les élèves de niveau secondaire ne deviennent pas tous religieux, ils peuvent rester laïcs. Entre 1853 et 1854, la galerie entre les pavillons nord et ouest est construite. Des travaux de réfection de toiture sont menés en 1869-1870 et elle reprend des couleurs.
Le conflit de 1870-1871 impacte la vie du petit séminaire. Il devient, tour à tour, logement de bataillon, lieu d’accueil de troupes ou encore lieu de soins. Les bâtiments de l’aile gauche ont été touchés le 1er décembre 1870. Le 18 avril 1871, il retrouve ses élèves après quelques réparations d’urgence. Cette même année, en août, les combles des bâtiments subissent un incendie et sont aussitôt réparés. Un externat voit le jour en fin d’année suivante.
Par décision du Conseil d'Etat du 18 avril 1884, le bâtiment n'est plus affecté au petit séminaire.
Le 8 août 1885, la mairie d'Autun propose l'installation d'une école militaire et le 2 septembre, le président de la République, Jules Grévy valide cette nouvelle fonction.
Les travaux de réaménagement et de réhabilitation débutent en 1886 et donnent lieu à l’établissement d’une infirmerie puis d’un premier manège à chevaux (transformé ensuite en gymnase). C’est au cours de ces travaux que des sépultures de personnel ecclésiastique sont découvertes en mai 1886, dans les sous-sols de la chapelle. Un deuxième manège à chevaux est construit en 1895. Sa fonction évolue ensuite et il devient un espace en trois parties avec garage, cinéma et atelier de menuiserie.
Le bâtiment est affecté au ministère de la Guerre à partir du 21 octobre 1913. En 1921, l’école perd son particularisme d’école militaire préparatoire de cavalerie. En 1929, elle est ouverte à tous « les fils de citoyens français ».
Le 23 décembre 1932, l’intérêt historique du bâtiment est officiellement reconnu. Une partie des éléments de l’école est inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques : les façades et toitures de tous les bâtiments ; l’escalier d’honneur en pierre ; la salle du premier étage couverte de lambris (aujourd’hui bureau du commandant de l’école) et la salle d’honneur ; l’escalier en bois de l’aile sud ; les escaliers extérieurs comprenant les balustrades, les perrons et les pylônes.
Cette inscription vise à protéger les constructions telles qu’elles sont et obligent ainsi à demander une autorisation au service des Monuments Historiques avant tous travaux. Cela permet également d’obtenir dans certaines conditions, un financement pour la réalisation de travaux.
Peu avant l’armistice signé au début de la Seconde Guerre mondiale entre la France et l’Allemagne (22 juin 1940), l’école militaire préparatoire d’Autun est évacuée le 15 juin 1940. Les cours sont délocalisés en différents endroits successifs (Billom, Tulle, Chameyrat et Valence). En juillet 1943, l’école est transférée au camp de Thol. C’est à partir de cette période que des élèves, des professeurs et du personnel de l’école rejoignent des maquis en différents endroits.
La ville d’Autun, officiellement libérée les 9 et 10 septembre 1944 connaît des dommages jusqu’au départ des troupes allemandes. Le 6 septembre 1944, l’école connaît une explosion de munitions causée par l'occupant.
Après la fin du conflit, la réutilisation immédiate des locaux à des fins d’enseignement est impossible. En effet, il manque de matériel, des prisonniers blessés sont encore présents dans l’enceinte de l’école et les dommages causés à l’école sont importants. Le réaménagement de l’école commence en janvier 1945 avec des bureaux et des espaces administratifs. C’est à la rentrée suivante que les cours reprennent.
Par la suite, différents travaux sont lancés pour permettre à l’école d’accueillir les élèves dans de meilleures conditions. Entre 1950 et 1953, ce sont essentiellement des aménagements extérieurs qui sont menés : création d’un stade d’athlétisme, d’un terrain de tennis, aménagement du manège en gymnase couvert, création d’une salle d’escrime et constructions de douches à côté du stade.
En 1955, le monument aux morts de l’école est inauguré par le général Koenig. Les deux années suivantes voient la construction d’une bibliothèque avec une salle de lecture ainsi que l’aménagement d’une chapelle dans les deux anciennes écuries.
30 ans plus tard, l’espace comprenant le bâtiment de l’ancien séminaire prend le nom de « quartier Gangloff » en hommage à un élève de l’école mort à 18 ans, des suites de ses blessures au cours des combats de la libération, le 14 juillet 1944. C’est cette même année, en 1985, que le musée des enfants de troupes est inauguré dans l’école.
Pendant la seconde moitié des années 1990, un ensemble de bâtiments à destination d’internat et de lieu d’enseignement est construit. Entre début 2003 et mars 2004, de nouveaux travaux sont menés dans l’ancien bâtiment de séminaire. Trois cages d’escalier sont réhabilitées ainsi que 200 mètres de couloir et des bureaux, des chambres, des espaces sanitaires et de détente sont créés, tout en respectant les mesures d’inscription à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. En 2006, Autun compte parmi les 4 lycées militaires de la Défense pour l’armée de terre.
Enfin, le 24 juin 2011, le musée national des anciens enfants de troupe rénové est inauguré.
Aujourd’hui, ce lycée est toujours un établissement d’enseignement militaire qui accueille des élèves de la 6ème aux classes préparatoires.
Pour plus de renseignements, voici les cotes des documents utilisées pour la rédaction de cet article :
- BH 3204 : André-Paul Coupireau, Histoire de l’école militaire d’Autun, 1962
- G 248 : Ordonnance de Gabriel de Roquette pour l’établissement d’un grand séminaire à Autun, 6 octobre 1667
- 9 G 45 : plan et description du séminaire dressé par M. Giraud, sur les modèles de Gabriel de Roquette, 1676
- 1 T 263 : inscription à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques de parties de l’école militaire préparatoire d’Autun
- V 214 : Plans du séminaire et de l’école militaire préparatoire d’Autun. Histoire du financement de l’école militaire (lettres patentes de Louis XIV)
- V 216 : Petits aménagements du séminaire
- V 233 : Plans dressés le 2 septembre 1912
- 787 W 42 : Ecole spéciale interarmes, division de Saint-Cyr, Autun (1946-1965)
- 3340 W 9 : Remparts romains à l’école militaire d’Autun
- 4567 W 20 : Plaquettes de présentation du lycée militaire et organisation d’évènements au sein du lycée (venue de personnalités militaires).
Vous pouvez également approfondir avec le zoom « Un évêque réformiste à Autun » qui présente les actions du créateur du grand séminaire, Gabriel de Roquette.
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