Archives départementales de Saône-et-Loire
Département de Saône-et-Loire
La correspondance : fil de vie

La correspondance : fil de vie

Ecrin de tissu de Louise Déléage accueillant la correspondance de son mari. (AD71, 53 J 6)

Du 29 novembre 1914 à l'été 1918, le temps de la séparation et de l'écriture.

Jean et Louise se font la promesse de s’écrire le plus souvent possible, un véritable pacte épistolaire est passé entre eux :

Ma petite Louise, je continue à t’écrire régulièrement tous les 2 jours, tu fais de même, et ainsi le courant n’est jamais ralenti entre nous

Lettre du 17 décembre 1915

Durant le conflit, le courrier postal est le lien le plus efficace entre le front et l’arrière d’où un trafic intense de près de quatre millions de lettres par jour.

Exposition "Nouvelles du front, échos de Saône-et-Loire" labellisée Centenaire 14-18, panneaux "Maintenir le lien" et "Le courrier, un enjeu vital et fil de vie"

 

 


Maintenir le lien

Maintenir le lien

Lettre du 16 août 1915

" Tes lettres... Elles sont la moitié de ma vie "

L’objet lettre devient incontournable dans la vie de chacun comme moyen de tenir, comme traces tangibles des vicissitudes partagées, d’une union de pensée, de l’expression de sentiments.

Souvent Jean fait part à Louise de l’importance de ses courriers pour lui.

Quant à toi et à tes lettres, j’aime mieux te laisser deviner la moitié de ce que j’en pense ;  il suffit de dire qu’elles sont la moitié de ma vie. Chose un peu étrange, il me semble que, malgré nos 12 ans de mariage, je te connais et t’apprécie mieux par la correspondance que nous échangeons 

Lettre du 16 août 1915

Lettre du 27 juillet 1915


Contourner la censure

Contourner la censure

" Mon messager m'attend, il me faut clore "

Dans les courriers transmis par la poste militaire, les soldats ne peuvent rien dire de leurs conditions de vie effroyables dans les tranchées ou du lieu où ils se trouvent, car le contrôle postal et la censure veillent... 

Pour décrire sa situation "vraie", Jean Déléage fait appel aux permissionnaires. A chaque occasion et mouvement de secteur important de son régiment, il transmet à son épouse une lettre très détaillée contenant des informations répréhensibles aux yeux de la censure :  lieu où il se trouve, pérégrinations antérieures, état moral des troupes, analyse stratégique de la situation, détails de son installation, étapes ultérieures supposées….

Il inaugure ce procédé à son arrivée en Artois le 16 juillet 1915 en confiant à « un sergent, renvoyé du front pour aller travailler chez Vermorel à Villefranche-sur-Saône » sa lettre que ce dernier doit envoyer par la poste civile à Chalon-sur-Saône.

Je puis donc t'écrire en toute sécurité et te renseigner avec plus de précision

En Artois, lettre du 16 juillet 1915

lorsqu’on ordonne une attaque, beaucoup de soldats ne sortent pas des tranchées, de sorte qu’on en fait passer en conseil de guerre et que ceux qui attaquent sont fauchés en raison de leur petit nombre.

En Flandres près de Bergues, lettre du 25 janvier 1916

D’une façon plus générale, le régiment se cléricalise, et les membres de l’enseignement sont mal vus parmi les officiers ; il y a parmi ces derniers pas mal d’incapables et de je m’enfoutistes. 

Dans la Somme, lettre du 16 décembre 1916 apportée par M. Bédu, instituteur à Bourges et accompagnée d’un plan.

Dans la nuit du 18 au 19 courant, nous allons prendre la tranchée entre Chaulnes et Chilly ; un croquis ci-joint t’indiquera les emplacements


Contourner la censure

Contourner la censure

Contourner la censure

Correspondre en blanc

Lors de sa deuxième campagne de tranchées dans les Flandres, Jean propose à Louise d'utiliser un procédé suggéré par Claudia, sa sœur, dans une lettre envoyée fin janvier 1916.

Il réalise un premier essai : « au bas de cette page, je vais écrire en blanc 5 mots, n’oublie pas de me les citer si tu as pu les déchiffrer. » Lettre du 28/1/1916.
Pour écrire "en blanc", il utilise une encre invisible comme du jus de citron.

Dans sa lettre du Lettre du 4/2/1916 Jean édicte clairement la marche à suivre :

quand j’aurai un mot secret à t’envoyer, j’emploierai le même procédé, et toujours ce sera à la fin de ma lettre, avec une petite croix au crayon en marge pour te faire connaître l’endroit à recouvrir d’encre.  

La lettre du 25 février 1916 est un exemple frappant de cette pratique.

Avec ce système, Jean indique sa position comme au début 1916 quand il est en Belgique : "Nous allons à 6 Km au nord d'Ypres à Het-Sas" et répond ainsi au besoin de Louise de savoir avec exactitude où il se trouve.

Dans Couples dans la Grande Guerre tiré de sa thèse, Clémentine Vidal-Naquet fait mention de cette pratique des Déléage (p. 230 et 598). Elle dénombre d'autres stratagèmes, énigmes et messages codés, utilisés par les maris soldats pour informer leur femme de leur localisation.

Stratagème de poilu


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