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Transcription :


Mercredi 17.9.19.


Ma chère Louise,


Voici le premier bulletin quotidien que tu m’as demandé, et il est sera court
puisqu’il est négatif.


Je n’ai rien trouvé au courrier concernant mon changement ; les bureaux de l’Académie
n’ont rien vu passer, ni pour moi ni pour aucun de mes collègues ; Gistucci, que je
viens de voir, ignore tout. En somme, il est à peu près certain que le mouvement des
inspecteurs n’est pas fait, ou tout au moins pas encore notifié aux intéressés. Je
pars donc à Paris demain matin, ainsi qu’il etait convenu, afin d’essayer d’obtenir
quelques précisions ; je dis bien « essayer », car si la consigne est de se taire je
ne saurai rien. Il reste entendu que si je suis vraiment fixé je te télégraphierai
sur le champ ;




dans le cas contraire, je me bornerai à t’ecrire le soir même.


J’ai retrouvé la maison exactement comme nous l’avions laissée, c’est-à-dire encore
habitable ; je me suis bien gardé d’y changer quelque chose avant d’être prêt au
départ. On n’y est pas mal ; pourtant elle a quelque chose de mélancolique et
d’inachevé. Notre quartier a repris son grand calme d’avant-guerre, d’anciennes
figures y ont reparu et une partie des étrangers a disparu. La ville elle-même est
beaucoup moins animée, les rues quasi désertes, et les uniformes kaki très rares ;
la paix descend enfin sur notre bonne vieille ville ; le contraste est saisissant
avec la fièvre d’octobre dernier ; et à la gare même la différence est sensible.
Pourtant le facteur me disait ce matin que les logements y restent à peu près
introuvables.


Mon voyage s’est effectué sans accroc, partout j’ai pu m’assoir dans des
compartiments incomplets, même dans l’expresse. Mais la température etait très
lourde le soir, aussi en etais-je presque incommodé et mon estomac faisait des
siennes. Aujourd’hui, il n’y paraît plus, et j’ai pu paperasser tout à mon aise.


J’espère que, malgré nos incertitudes, tes journées passent vite et agréablement
auprès de vos excellents amis et des "
"
enfants. Reste en belle
santé et ne t’en fais pas avant de savoir.


Mes affectueuses caresses


JDéléage



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