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Transcription :


Calais, le 27 juillet 1918.


Ma Chérie,


Voilà ma dernière semaine qui s’achève ; la suivante je l’achèverai chez toi, et tu
peux croire qu’il me tarde.


Cette lettre est un peu en retard parce que j’ai été vraiment très occupé toute cette
semaine par les examens et les paperasses. Les gens me disent que j’ai maigri ; je
ne sais si c’est vrai, mais c’est assez vraisemblable, et pas mal de raisons me
l’expliqueraient. Figure-toi qu’il n’y a plus de bière ici, et qu’on se met au
régime de l’eau claire ; heureusement que le pinard de Mazilly m’attend.


Depuis ma lettre de mardi, rien de sensationnel ; après notre étrillée de dimanche
soir, les Boches ne sont revenus que mercredi soir ; ils n’ont pu entrer « en
ville » cette fois et ont déposé leurs colis sur la banlieue et les camps. Aussi mes
candidates au brevet ont-elles pu terminer sans encombre, et




finalement, nous n’avons pas eu trop de grincements ni de malédictions. Jeudi, j’ai
eu une masse de visites, il a fallu se résigner à déjeuner à 1 heure. Depuis
j’essaie de liquider, mais il en sort de tous côtés, de ces sacrés papiers. Pour
compléter, ns avons eu ce matin la visite du
Ministre, M. Lafferre ; cette visite n’a été qu’une apparition, car il arrivait de
Dunkerque très en retard ; il n’a pu que traverser une école, nous dire les quelques
paroles d’usages et de circonstance, et remonter en auto. Cela m’a coûté
q.q. heures, et ne
ns a rien appris ; tout à fait officiel,
quoi ! Au point de vue tenue, rass
surre-toi j’étais
presque le plus beau ! mon patron était très râpé : au point de vue vêtements, sa
femme lui manque encore plus que la mienne !


Ce soir, j’ai commencé mes paquets, par 2 très lourds contenant les denrées
annoncées. Il faudrait bien qu’en venant m’attendre à Salornay, vendredi prochain,
vers 9 heures, André m’amène soit le vélo (s’il peut marcher), soit une petite
poussette, afin de porter mes paquets. – Car cette fois, c’est net : je pars d’ici
mercredi soir à 8 heures pour arriver à Cormatin vendredi par le train du matin ; le
voyage sera long, mais les vacances seront bonnes ! - toujours aucune nouvelle de
Paris ; je tâcherai de me faire recevoir, jeudi ; aujourd’hui j’ai failli risquer
une démarche audacieuse, au dernier moment la prudence m’a retenu.


Pour la dernière lettre que je t’écris cette année, j’ajoute mes plus tendres
baisers.


Jean



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