Affichage détaillé (Des lettres, des liens)


FRAD071_19180715_53J6_1237

Transcription :


Calais, le 15 Juillet [1918]


Mes Chéris,


Vous voici enfin rejoints dans ce Mazilly où vous vous trouvez si bien ; je me
représente votre joie à tous trois ; et s’il était besoin de quelque chose pour me
la faire sentir, je n’aurais qu’à relire le dernier mot que mon André m’a adressé de
Bourges : son bonheur de retrouver la campagne s’y étalait en termes qui m’ont plu.
J’ai également goûté sa bonne pensée pour moi, encore exilé pour
q.q. jours, et son vif désir de vivre dans
une famille enfin au complet ; cet élan si sincère termine joliment son année
scolaire.


Et maintenant mes 2 fils vont suspendre tout travail pendant 2 ou 3 semaines, pour ne
plus songer qu’à jouer, se promener, dormir. Il faut mener une vie toute animale,
sans excès de fatigue physique : le complet repos de
l’esprit est à ce prix. Quant à la reprise du travail, nous en parlerons ensemble à
Mazilly.


Je reçois à l’instant - 5 heures - le mot




que tu m’as ecrit le 12, ma petite Lou ; je m’etonnais un peu de ton long silence
de 6 jours, mais tu m’en apportes l’explication : tu étais toute
occupée à des élégances, et pour me dédommager tu m’offres de me les faire admirer
bientôt ; je ne demande pas mieux ! et tu sais que je n’y suis pas
insensible !


Hier, la fête nationale s’est déroulée sous la pluie, pluie bénie des cultivateurs et
de tous ceux quiqu'
inquiète le problème de l’alimentation, mais
pluie maudite par toutes les élégantes. On nous a régalés d’une revue inter-alliée ;
chaque armée avait délégué 1 ou 2 compagnies ou escadrons : Français en tête comme
il convient en France, Anglais ensuite, puis Américains, suivis de grenadiers
belges, et enfin d’élégants lanciers portugais fermaient la marche. C’etait assez
curieux ; les nôtres peu applaudis, car c’etaient des «pépères» un peu lents,
alourdis par tout leur barda ; les Anglais, sans fardeau, etaient alertes et bien
découplés, avec une groupe de cornemuses écossaises d’un effet très
pittoresque ; les Américains, fort bien accueillis, n’avaient même pas d’armes :
est-ce un symbole ? les Belges avaient ressuscité les enormes et antiques bonnets à
poil que la vieille garde avait si bien popularisés ; enfin les Portugais m’ont
paru symboliser, avec leurs lances, la quasi-stérilité de leur participation à la
guerre. Le reste de la journée a été entièrement gâché par le mauvais temps.
Aujourd’hui, je me repose avant de m’atteler à mes derniers examens du brevet.


Ci-joint une feuille à me retourner. Mes tendresses à mes 3 chéris. JeanD



Aucun commentaire