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Transcription :

Calais, le 30 Juin 1918.

Ma Louise,

Je n’ai rien reçu de toi depuis mardi ; serais-tu fatiguée, que je reste ainsi 5 jours sans nouvelles ? où y a-t-il quelque chose qui t’ennuie, que tu hésites à me dire ? Tu sais que, d’ordinaire, je prends pour ligne de conduite « pas de nouvelles, bonnes nouvelles » ; aussi ne suis-je pas inquiet ; je pense plutôt que tu m’auras négligé 1 jour ou 2.

Je n’ai moi-même pas grand-chose à dire ; nous restons au grand calme, malgré le beau temps persistant et les nuits claires ; nous ne savons au juste à quoi attribuer cette période de veine, et en attendant août approche ... Mais le mois ne passera pas sans nous apporter quelque nouvelle grande secousse ; sera-t-elle reçue ici, ou plus à l’ouest, ou plus au sud : toute la question est là. Mon impression personnelle, c’est que les Boches vont livrer une très grande bataille pour Paris, et qu’elle atteindra


le summum de la violence. Mon opinion n’est pas isolée, car tu sais que Paris déménage en hâte, et c’est l’une des raisons qui expliquent notre insuffisant ravitaillement actuel ; musées, grands hôtels particuliers, ateliers, tout reflue chaque jour vers la Province par centaines de wagons chaque jour ; peut-être les grandes administrations font-elles de même, en catimini. C’est effrayant ce que Paris est froissard, et comme les dirigeants excusent cette frousse, tout en lui fournissant tous les apaisements ! Compare ce qu’on fait pour Paris avec ce qu’on a fait pour nos autres villes du front. Et conclut.

Notre Grand aspire vers ce «cher» Mazilly, et il se plaint que tu le négliges. Comme il a beaucoup moins à faire, il se met à chercher des problèmes, à apprendre des compléments de mathématiques, et il y prend goût : c’est une excellente chose qu’il morde enfin à cette étude si importante et si spéciale. Il mange , mieux dit-il qu’il ne fera le soir à Mazilly : prends-en note , et tâche de lui faire comprendre que son estomac a également besoin de vacances d’une certaine nature. Ne crains pas de lui parler parfois, raison, mais sans le mettre sur le pied d’egalité avec lui.

La semaine qui commence sera chargée : 5 jours d’examens, dont 2 ou 3 à Boulogne. Mais je vais très .

Recevez tous deux mes plus vives tendresses.

Jean


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