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Transcription :

Calais, le 27 Juin 1918

Ma Louise,

J’ai reçu avant-hier tes bons souhaits de fête, et ceux de ton Minet, avec quelques autres. Tu diras à Maurice que les siens m’ont fait un doux plaisir, que je l’en remercie, et qu’en retour je lui envoie un bon gros baiser. Il aurait du joindre à sa petite lettre une queue de vos bonnes cerises.

Les tiens – un peu graves, comme il sied aux circonstances et à notre situation – ont ravivé notre tendresse et notre intimité de cœur. Comme toi, au moins autant que toi, j’aspire à la fin de cette vie de bohême, de vieux célibataire, à cette vie de...tout ce que tu voudras. Souhaitons que la prochaine St Jean nous retrouve depuis longtemps réunis : je ne sais encore si ce sera possible et je n’ose risquer un pronostic. Les tragiques circonstances actuelles sont un paravent commode pour certains administrateurs, derrière lequel l’incurie, l’injustice, l’arbitraire gouvernent sans contrepoids ; on ne se donne plus la peine de répondre aux gens et de gazer pour éviter des affaires ; c’est presque l’administration tzariste.


J’en fais en ce moment une nouvelle expérience ; tu sais que j’avais envoyé 2 réclamations, transmises et appuyées par l’Inspecteur d’Académie, pour protester contre la situation qu’on me fait ici ; tu sais qu’on ne m’a même pas envoyé un accusé de réception. Le 11 courant, j’ai envoyé à M. Lapie une demande d’audience : aucune réponse encore, et vraisemblablement je n’en aurai pas. Que faire ? Je ne puis pourtant pas aller à Paris, comme ça, au hasard, au risque de me casser le nez contre une porte qui ne voudra pas s’ouvrir ? Tu vois que c’est le régime des oubliettes ; les grands chefs restent les mêmes au fond : dès qu’ils n’ont plus la crainte des petits, leur vraie nature réapparaît.

Enfin, j’ai une compensation : le temps reste clair et nos nuits sont très tranquilles ; ici, on en est stupéfait, et de l’une autant que de l’autre. Faut-il en conclure que le grand orage est proche, et qu’il va fondre dans notre région ? Il vaut mieux n’en rien conclure du tout, et jouir le plus possible du présent ; tu ne saurais croire com de fois je me suis chapîtré dans ce sens ! – Ma santé est rétablie, il ne me reste rien de ma grippe.

Je t’envoie toutes mes tendresses.

Jean


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