Affichage détaillé (Des lettres, des liens)


FRAD071_19180623_53J6_1229

Transcription :


Calais, le 23 Juin 1918.


Ma Louisette,


qu’il fasse beau, je reste dans ma chambre et la soirée sera longue. C’est que
je viens d’avoir un assez violent accès de grippe ou de fièvre des tranchées ; ça
été court, mais hier j’ai du garder la chambre et même le lit, et j’ai passé 2 nuits
sans fermer l’œil à cause d’un violent et tenace mal de tête. Voyant cela, je me
suis traité énergiquement hier : d’abord à 3res
du matin,
30 gr. sulfate de magnésie qui ont produit sans coliques tous les effets désirés ;
puis, le soir, 2 cachets Miriga coup sur coup afin d’arrêter la migraine.
Aujourd’hui je vais beaucoup mieux : plus de douleur, plus de frisson ni de
courbature, de l’appétit, rien qu’un peu de vide dans la tête et la peur du grand
air ; demain, ce sera tout à fait terminé ; d’ailleurs il est temps, puisque mardi
commence ma série de Certificats. Ici les cas de grippe soudaine sont très nombreux,
il y a comme une épidémie qui atteint même




les combattants ; maintenant que j’ai payé mon tribut, me voilà sans doute tranquille
pour longtemps. Et ne sois pas trop fâchée de n’avoir pu me soigner, car mes
logeuses ont été aimables et dévouées ; je n’ai manqué de rien d’utile.


Ton grand fils a répondu à mes reproches, auxquels il a été, dit-il, extrêmement
sensible : je ne regrette pas de l’avoir « touché » un peu fortement. Il est heureux
d’être au bout des compositions et d’avoir moins à faire ; sa moyenne pour
l’ensemble des compositions de l’année est la plus élevée de sa classe, m’écrit-il
sans commentaire, mais avec une satisfaction visible et légitime. En somme, il
méritera, cette année encore, notre satisfaction pour son travail soutenu et ses
bons résultats. – Va-t-on leur donner des livres de prix, malgré toutes les crises
et restrictions ! ici, ils sont supprimés et remplacés par un diplôme : c’est plus
judicieux. – Dans 3 semaines, tu vas le retrouver ; tu n’oublieras pas de me dire
comment il est.


Et voilà tous les nouveaux ! ; je me mettrais , moi aussi à compter les jours
avant le départ ; mais il y en a encore trop ! et puis je ne suis pas exactement
fixé ! et puis il y a l’imprévu ! Attendons patiemment.


De bons baisers à mon Minet ; à toi mes tendresses.


Jean



Aucun commentaire