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Transcription :


13 juin 1918.


Ma Chérie,


Je viens de laver la tête à notre grand turbulent, pas trop fort, mais assez pour
qu’il ne s’y trompe pas. A toi un mot maintenant.


Je dis « un mot » parce que, depuis l’arrivée de Grand-père, les absents vont
provisoirement passer au 2ème plan – Nous passons une période
relativement bonne ; le temps reste beau, sans chaleur excessive ; depuis des années
les Calaisiens n’avaient eu pareille époquepériode
de sécheresse, et
un ciel si longtemps clair. En outre, les Boches ne nous visitent pas très souvent,
ils hantent plutôt les villes avoisinantes, et la plupart de nos alertes sont de
simples précautions – désagréables tout de même. Je continue à faire pas mal de
tournées et d’inspections, comme si j’avais le besoin et le goût de faire du zèle !
quelle inconséquence ! diras-tu ; c’est qu’il m’est impossible de rester dans ma
chambre quand je n’ai pas à écrire, et faute de mieux je travaille. Mais j’ai
perdu le ton administratif - et un peu pompier - dans mes conversations et même dans
ma




correspondance ; France serait navré de constater l’évolution qui s’est produite en
moi, je crois d’ailleurs qu’elle est un signe des temps. - Ma santé me semble
meilleure ; mes petites infirmités s’atténuent ces temps-ci ; je suis moins sensible
aux variations de température et de pression ; mon appétit se calme un peu ; enfin
je m’exhorte à ne rien prendre au tragique, ni même trop au sérieux : ça c’est plus
difficile à réaliser, en ce moment surtout. En tout cas, tu peux être tout à fait
tranquille à mon sujet : je ne suis ni fatigué ni à plaindre.


J’en pense autant de toi ; le repos et le grand air commencent-ils à porter leurs
fruits, à donner des résultats visibles ? «palpables » ? as-tu le teint
plus frais, le visage plus plein, etc. ? Tu me le diras, très nettement,
n’est-ce-pas ? Tu me diras aussi ce que devient l’état de santé de notre Maurice ? y
a-t-il un mieux apparent ? plus de chair, plus de force ? où couche-t-il ? est-il
très catégoriquement heureux ? Maintenant qu’il aura Pépé, ce sera tout à fait
l’idéal ; mais qu’il n’oublie pas de faire
be un exercice modéré maistrès
fréquent.


Pour la question du loyer, ta décision me plaît, j’en prends note. - Cette année, où
tu surveilles ta vigne, où tu tâches de faire faire les façons à temps, tu as chance
d’avoir un peu de vin ; souhaitons aussi que la sécheresse te laisse assez de
légumes et que tu en aies promptement ; avez-vous beaucoup de cerises ? dommage que
tu ne puisses en faire des confitures ! ici, elles valent encore 3 francs
la livre, et naturellement je ne les ai pas goûtées car le pays n’en produit pas ;
hier pourtant j’ai goûté les fraises, dans une auberge perdue : elles m’ont paru
excellentes.


Mes embrassades à Père ; à toi et à ton Minet, mes tendresses.


Jean



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