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Transcription :


Dimanche 7 8bre
17.


Ma petite Lou,


Comment passez-vous ce premier dimanche de rentrée ? avez-vous pu sortir, voir
quelqu’un, faire quelque chose de distrayant ? Je vous le souhaite vivement, afin
que la transition ne soit pas trop brusque entre la belle liberté de Mazilly et la
grise existence de Bourges.


Figure-toi que, pour enrichir ma vie imaginative, je me mets à aller à la
grand’messe, voilà 3 dimanches de suite que je fais ce péché. J’y trouve une belle
représentation, accompagnée de morceaux d’orgue tour à tour majestueux ou finement
jolis et pénétrants. Je reste debout, jouissant de tout cela un peu comme un artiste
(si l’expression ne te semble pas prétentieuse), étranger à la piété ambiante, la
tête toute pleine de rêveries. – Ce soir, la musique municipale




nous a intéressés pendant une heure ; sans valoir nos musiques militaires, elle vaut
encore la peine d’être écoutée. Tu vois que Masevaux ne manque pas de distractions,
et peut-être même vas-tu m’envier un peu.


Le froid arrive tôt ici ; ce matin les hauteurs étaient blanches et notre ciel est
plein de neige. Aujourd’hui il a fallu mettre ma capote et faire du feu ; mais
rassure-toi bien, je ne manque absolument de rien, que de toi et de mes fils. Pour
combien de temps encore ? je ne sais, peut-être pour un an, peut-être pour
quelques jours : absolument rien de nouveau, et il commence à se faire tard.


Je viens de recevoir une longue lettre de Claudia, avec des nouvelles de St
-Etienne, et pas très agréables. Jean-Baptiste est changé, mais
elle ne dit pas pour quel poste, croyant que je




le sais par l’intéressé ; je crois comprendre que ce poste ne le satisferait pas
entièrement. – Jeanne est franchement mécontente ; elle est nommée à l’Ecole
primaire supre
de filles de
Décazeville, et sa déception est trop naturelle ; on n’imagine pas qu’une jeune
fille, tête de promotion à Fontenay et classée première au professorat, débute dans
un poste de dernière catégorie et si loin des siens. Décidément la justice
administrative "
"
ressemble un peu à l’autre …..


- De la santé de Jean-Baptiste, rien de bon, dit Claudia ; il vieillit visiblement et
ses facultés baissent ; Catherine et Jeanne en seraient bien ennuyées et
l’auraient dit.
.


Souhaitons que Claudia ait vu trop noir.


Voilà les nouvelles du jour ; rien encore d’Alger, je ne saurai d’ailleurs que par
ton canal. Ma « maison » commence à sortir du chaos. On s’organise, j’irai y habiter
bientôt, dans 2 ou 3 jours. Pour collaborateurs, j’ai un professeur agrégé




de lycée, un rédacteur de l’Assistance publique de Paris, un instituteur de collège,
et enfin une religieuse pourvue d’une bonne instruction française ; tu vois que les
gens du métier en sont absents, comme par hasard. A force de bonne volonté, cette
organisation donnera peut-être encore des résultats ; en tout cas, la population
nous fait bon accueil, et les élèves (de 13 à 18 ans) paraissent paraissent pleins
de bonne volonté. C Cela sera ma vie, à défaut d’une autre meilleure, et
elle vaut encore bien la peine d’être vécue.


J’espère avoir ce soir la lettre de mes fils ; en attendant, reçois mes douces
caresses, et embrasse nos chéris bien tendrement.


Jean



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