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Transcription :


Masevaux, le 25 7bre
1917.


Ma petite Lou,


Chez toi, c’est aujourd’hui jour de séparation ; Berthe et France font leurs paquets,
et Père se prépare aussi à les accompagner ; quelques larmes vont mouiller vos
paupières, àn l’instant des adieux ; puis vous
réintégreraiez ez] votre
ermitage, qui vous paraîtra un peu vaste et mélancolique ; vous sentirez le besoin
de vous serrer, et nos fils viendront coucher à leurla cuisine près de leur petite maman.


Heureusement les beaux jours qui continuent vous aideront à passer agréablement ces
derniers moments de vacances : le grand ciel bleu est une délicieuse compagnie.
Peut-être irez-vous tous trois faire vos adieux aux goujons ; puis il y aura les
multiples paquets à préparer. Enfin le voyage dimanche prochain et la réinstallation
rue Bourbonnoux, la rentrée en classe le lundi : tout cela vous occupera bien
assez pour chasser l’ennui ou la mélancolie.




D’ailleurs tu ne manqueras pas, à la réflexion, de te dire que tes
vacances ont été favorisées : beau mois de septembre, aucun ennui chez nous,
présence presque continue de tes parents, visite de ta meilleure amie, apparition de
ton meilleur ami, sans compter nos espoirs actuels. Il est bien certain que ces
réflexions vont décidément t’orienter vers le calme et l’optimisme, et qu’elles
faciliteront ta reprise de contact avec la rue Bourbonnoux.


Dans tout ce tableau, il n’y a qu’une ombre : c’est la fausse joie que je t’ai donnée
de mon 2ème voyage à Mazilly ; mon excuse, c’est que j’y ai cru
sincèrement, et que j’avais quelque raison d’y croire tant les instructions
ministérielles étaient formelles sur la date. J’avais pensé qu’elles seraient
exécutées exactement, or elles ne le seront qu’avec un long retard. Il n’y a rien de
perdu encore : aucun sursis n’est encore arrivé en Alsace, même les




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sursitaires d’office ne sont pas partis et ne paraissent pas près de partir. Il n’y a
qu’à prendre patience quelques jours de plus, et tout pourra s’arranger. Lorsque je
suis sur le point de m’impatienter ou de douter, je me rappelle qu’à Arches j’ai
passé par les mêmes émotions, et que ma nomination pour Massevaux est arrivée au
moment où je commençais à n’y plus guère compter. Donc du calme.


Je continue à travailler pour nos écoles supérieures ; nous arriverons peut-être à
ouvrir lundi prochain, car on aménage sérieusement nos locaux ; quant au personnel
et aux livres, je doute que nous puissions être prêts ; car bien des points et des
collaborations ne sont pas encore acquis. On fera ce qu’on pourra ; mais au point de
vue des élèves, le succès paraît d’ores et déjà assuré : le total des demandes
d’inscription dépasse déjà 70.




Seulement je n’ai presqu’ aucun livre, aussi le choix est-il assez difficile et j’ai
du demander des spécimens qui n’arriveront peut-être pas à temps. Tout cela m’occupe
beaucoup et me préoccupe même un peu, les journées en deviennent trop courtes.


J’ai reçu hier vos lettres du 21 courant ; tous mes regrets à mon André pour son
rhûme : qu’il y veille pendant les premières semaines à Bourges, et qu’on n’oublie
pas l’huile de foie de morue : tous en chœur ! La pèlerine a-t-elle été retrouvée ?
– Petitjean ne répond pas vite, en effet, et je crois bien qu’il faudra nous
passer de lui en ajournant notre projet d’embellissements : tant pis, je verrai l’an
prochain. – Dommage, comme tu dis, qu’on ne puisse vendre du vin cette année : le
prix est alléchant ! As-tu décidé de t’en faire envoyer une feuillette vers
Toussaint ? Avez-vous mis en bouteilles ce qui peut vous rester de “petit vin “ ?
André pensera à graisser et ranger la serpe neuve, et à remiser tout le bois.


Baisers bien doux à mes trois chéris.


Jean



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