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Transcription :


Masevaux le 6 7bre [1917]


Ma Louise,


Je me suis mis un peu en retard avec toi, cette fois-ci ; ma lettre devait
partir hier, mais comme le temps était radieux nous en avons profité pour faire une
agréable promenade en forêt et visiter les ruisseaux à truites ; puis notre rentrée
a été trop tardive pour que je puisse ecrire à temps. J’espère que tu n’auras pas
trop attendu ma lettre, puisque Mme
Birkel est près de toi
et que toutes tes heures sont très agréablement remplies ; mais enfin je fais mon
mea-culpa.


Il semble que la poste marche moins régulièrement que précédemment ; ta lettre du
1er
ne m’est parvenue qu’hier, 5, et j’en recevais en même
temps 2 autres datées du 31 août. Que faut-il en conclure ? Que de gros transports
ont lieu en ce moment ? Que les Américains commencent à arriver en bataillons
serrés ? toutes sortes de bruits




courent à ce sujet.


Ici, c’est toujours le grand calme, la paix profonde ; le retour du beau temps est le
venu, et je jouis de la campagne presquequ'
autant qu’à Mazilly. Il ne me manque guère que toi, et tu appris à savoir si ça compte… N’y
pensons pas trop, puisque l’avenir proche n’est pas encore fixé pour nous.


Je pense encore et souvent à Belfort ; les avions y vont, dit-on, presque chaque
nuit ; en tout cas ceux qui ne dorment pas entendent, vers minuit, un ronflement
d’hélices très significatif. Chose curieuse, presque tous mes camarades me
déconseillent d’aller nous installer à Belfort ; Fèvre, mon collègue de Beaune, qui
était notre hôte hier soir, exprimait catégoriquement le même avis. Cela me rend un
peu rêveur ; et si nous décidions d’un commun accord de ne pas déménager, ma mise en
sursis




[3] [numérotation haut de page]


perdrait pour moi son principal charme. Tandis que si je reste ici, la question de
nous réunir ne pouvant pas être posée, nous n’aurions l’un et l’autre ni regrets ni
soucis. Tu vois, j’en suis arrivé à cet etat d’esprit qui va te surprendre au
premier abord.- Pourtant, si j’en crois un tuyau que Fèvre m’a fourni hier, tous les
inspecteurs primaires (jusqu’à 1896) seraient rappelés les premiers, et j’aurais
beaucoup de chances de l’être. Dans une quinzaine je serais peut-être fixé.- Magnin
m’a répondu aimablement, se mettant tout à ma disposition pour mon éventuelle prise
de service, mais ne me disant pas si le recteur lui a parlé ou lui parlera de mon
cas ; son silence semble répondre non à cette question, mais il eût été préférable
qu’il précisât. Il ne dit pas, non plus, s’il accepterait de bonne grâce mon retour,
en raison des 2 à 3.000 francs qu’il y perdrait : c’est toujours




là un argument qu’on ne tient pas à sortir, et les meilleures natures sont ainsi
faites. Enfin, il n’y a qu’à attendre, le moins impatiemment possible.


J’ai reçu la lettre de mes fils auxquels je répondrai sans tarder. Jean-Baptiste m’a
donné des nouvelles de leur villégiature : tout va , ils ne s’ennuient pas
malgré le temps maussade d’août.


Alors tes raisins mûrissent et il en reste une certaine quantité ; tant mieux : je
t’ai prédit de 300 à 400 litres de vin ; si rien n’arrive d’ici le 15, tu pourrais
dépasser un peu ce chiffre. Naturellement le père Bussière va préférer sa part de
vin ; si vous parlez de l’an prochain, vous traiterez sans doute aux mêmes
conditions.


Mes affectueuses amitiés à Mme
Birkel et à Lucile, de gros
baisers aux enfants, à tes mes pensées et mes caresses.


J Déléage



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