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Transcription :


Dimanche 2 7bre 1917.


Ma Louise


Par exception, ta lettre du 29 m’est parvenue le surlendemain ; il est vrai que je
suis allé la chercher à la poste. Comme toi, j’ai été douloureusement surpris par la
mort de M. Faget ; nulle part on est en sécurité absolue ; on le sait, et pourtant
on ne s’habitue pas à ces coups du sort ; pauvre veuve ! Berthe et France ont dû en
être bien navrés.


Je me réjouis à la pensée que Mme
Birkel sera bientôt de
toi ; c’est en effet une si bonne amie, si sûre et si affectueuse. Quelles bonnes
séances de bavardage vous allez faire toutes deux ! En attendant tu as notre belle
et gentille Luce, avec qui tu passes de bons moments. Sans compter que tu mets à
jouer de la raquette : mes compliments ! mais que fais-tu de tes 40 ans ? Il est
vrai qu’aux environs du 10 août, tu ne les paraissais pas…


De moi, bien peu de chose à dire ; temps toujours




détestable, très frais ; on sort peu, les moindres chemins de montagne étant gorgés
d’eau. On bouquine, et il y a q.q.
distractions ; il y a 3 jours, c’etait une soirée, dont ci-joint le programme
artistique ; très belle symphonie dirigée par un professionnel de valeur ;
d’excellents chanteurs de grands théatres ; le trio de l’Angelus était d’une
grandeur émouvante ; il y avait bien
q.q. numéros pour faire tiquer les mamans à
demoiselles, mais on ne saurait satisfaire tout le monde… et les poilus. Hier séance
cinématographique, bon appareil, films assez bien choisis, l’un surtout qui
traduisais la vie dans les Rocheuses avec précision et vigueur ; des plaques
enregistrant des fêtes de la région ont emballé les Alsaciens : nos petits
commençaient à fredonner la Marseillaise spontanément ; population très allante
comme tu vois, mais dont les yeux et la malice sont parfois sans pitié pour nos
faiblesses.


Mon nouveau camarade est intéressant, non peu




par son intelligence et sa culture, ce qui va de soi, mais plus encore par sa manière
d’être ; grand et mince, assez mal fichu, c’est un homme à bouquins, à peine
« dessalé » : aussi lui en fait-on entendre de toutes les couleurs ; comme il est
célibataire, un peu, un de nos loustics veut absolument lui trouver une bonne amie ;
on ne s’ennuie pas à table. Surtout, et là il nous épate, il est royaliste à tout
crin ; son idéal politique c’est la monarchie de Louis XIV, rien que ça ; il faut
l’entendre déblatérer doctement contre la démocratie : tantôt on est suffoqué,
tantôt on rit comme des petites folles. S’il n’etait pas aussi bon garçon, on le
« boufferait » ! Enfin c’est un numéro intéressant, et très représentatif du nouvel
enseignement secondaire.


Je n’ai reçu aucune lettre encore, sinon une notice à remplir en vue d’une indemnité
de cherté de vivres ; je ne sais toujours pas de manière certaine si j’y ai droit.
Attendons.




Les enfants vont seuls à la pêche ; soit ; mais rappelles-leur bien que
les bords, minés par le courant, sont surtout dangereux, et qu’ils aient à faire
bien attention. Il faut qu’André le sache bien de ma part.


Embrasse affectueusement Lucile et nos fils pour moi. A toi mes tendresses.


J Déléage



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