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Transcription :


Mercredi 29 Août 1917.


Ma Louise,


Ton mot du 26 m’est arrivé ce matin ; et bien qu’il m’apporte peu de nouvelles,
(comment en serait-il autrement ?) il n’en est pas moins le bienvenu. A l’heure
actuelle ton œil doit être bien et définitivement guéri ; la répétition de ces
bobos est un peu étrange ; aurais-tu besoin de fréquents purgatifs ou d’un long
régime de dépuratifs ? Dès la rentrée, n’oublie pas l’huile de foie de morue. Avant
le départ de Mazilly, il serait probablement utile de purger ton Minet que les
fruits verts doivent “travailler“.


A l’heure actuelle, fla
famille Blanc roule sur Paris ; son absence
durera bien une huitaine, et ensuite il ne lui restera guère que le temps de
refaire une apparition chez toi ; voilà déjà passée la plus belle partie de vos
vacances ! tout passe. Mais tu auras sans doute la compagnie




De Mme
Birkel, peut-être M. Birkel
pourra-t-il faire au moins une apparition chez toi. J’en serai heureux pour vous
tous ; si notre amie est à la maison au reçu de cette lettre, fais-lui mes amitiés
les meilleures.


- Ici le temps est redevenu mauvais, depuis notre bel orage de dimanche ; le vent est
violent, le ciel noir, les averses fréquentes ; heureusement qu’il n’y a pas de
vignes à mûrir dans mes parages, et que vous êtes sans doute plus favorisés par le
soleil. C’est égal, quel fichu mois d’août qui finit ! septembre nous devrait bien
un dédommagement ! J’occupe surtout mes journées au travail, et vraiment j’en avais
besoin, aussi bien pour retrouver pas mal de connaissances perdues, que pour me
réhabituer à l’effort intellectuel. Tu vois que ces vacances ne seront pas du temps
perdu pour moi.


Je pense souvent – un peu malgré moi – à cette




[3] [numérotation haut de page]


échéance de fin septembre si ellenous apportait ma mise en sursis. Tu
sais quelle grosse affaire serait notre déménagement en temps normal : emballer
l’essentiel, sortir tout le fouillis qui nous encombre de la cave au grenier, faire
camionner, arrêter un logement, s’installer, etc, etc. Que serait-ce, grand Dieu,
dans les conditions actuelles ! Quelles difficultés pour trouver des camionneurs, et
à quel prix ? Puis je me pose une série de questions difficiles à résoudre ;
juges-en toi-même : les chemins de fer, si surchargés, voudront-ils accepter notre
wagon ? si oui, combien le garderont-ils ; il n’y a plus de garantie ni sur la
durée des transports, ni sur les avaries - A Belfort, ville d’industries de guerre,
trouverons-nous un seul logement vacant convenable ; le quartier de la gare est à
moitié désert depuis les bombardements, et nous n’irions pas ; tout le reste doit
être bondé, et à quel prix ? – Enfin, tout cela résolu, resterait la question
principale : serait-il prudent d’aller




nous installer dans une ville souvent visitée par les taubes et que les Boches
pourront recommencer à canonner quand ils voudront ; puis on annonce que l’entrée en
lignes des Américains sera surtout marquée par un énorme
développement de l’aviation de bombardement, les Boches n’exerceront-ils pas des
représailles sur nos villes les plus proches ? Aller à Belfort, ne serait-ce pas se
condamner à une année d’inquiétudes ou d’angoisses, en supposant qu’il ne nous
arrive rien de plus ? – Note bien, qu’en ce moment je ne décide rien, j’expose la
situation avec ses difficultés et ses inconnues ; rien de plus ; j’attire ton
attention dessus pour t’y faire réfléchir à loisir, pour éviter toute surprise. – Et
d’autre part, comme nous serions heureux de retrouver enfin notre bonne vie de
famille ! – Dis-moi quelque jour tes premières impressions sur ce sujet, après avoir
pesé mes réflexions – A bientôt donc, la reprise de cette question.


Mes embrassades à toute la maisonnée ; à toi mes tendresses


Jean



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