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Transcription :


Dimanche 26 Août. [1917]


Ma Louise,


Voilà enfin le courant rétabli : j’ai reçu ce matin ta première lettre, datée du 23
courant, et appris avec grand plaisir que tu étais à cette date débarrassée de tes
petites misères. Le courage t’est revenu avec l’état normal, et tu as bien raison
de vouloir te trouver favorisée : tu l’es effectivement. Quant au petit contre-temps
du départ, je l’avais déjà oublié ; j’acquiers une faculté d’oubli des details qui
me surprend et ne me déplaît pas.


Aujourd’hui il a fait un temps splendide ; et quand je pense à dimanche passé, à
notre partie de croquets interrompue, je trouve le ciel
d’autant plus beau et vous le souhaite comme une revanche mérité. Pourtant je ne
suis pas sorti ; le matin : lectures, « trainailleries », toilette ; le soir : thé
chez le Maire où on m’a fait parler romans




français et où on m’écoutait trop. Puis dîner ; et pendant que j’écris à 10
hres

un formidable orage de grêle, accompagné
d’eclairs si nombreux que c’est une sauvage illumination presque ininterrompue ; par
contre, très peu de tonnerre : c’est tellement curieux que j’en ai ouvert ma
fenêtre.


Je viens de passer le meilleur de ma soirée à etablir le projet de devis ci-joint,
pour la vieille maison. Tu n’auras qu’à l’examiner, à le modifier si tu veux, et à
le présenter à Petitjean qui inscrira ses prix en regard de chacun des articles.
Puis il te le rendra complété et signé ; tu me le retourneras le plus tôt
possible, en ayant bien soin de me dire avec précision ce que
tu en penses
 ; je voudrais liquider cela avant le 20
7bre, parce qu’ensuite nous pourrions
avoir d’autres sujets d’occupation. Grâce à ce devis nous saurons exactement : 1°
quels travaux nous commandons et dans quelles conditions, 2° quels prix nous
acceptons




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de payer ; de la sorte, toute cause de contestation avec Petitjean serait écartée, si
nous nous décidions à commander le travail. Cette méthode t’agrée ? C’est d’ailleurs
celle qui est employée dans les travaux publics et privés. Penses-tu que tu pourrais
le montrer à Denevers, après que Petitjean aura indiqué ses prix ? Comme l’oncle
s’est beaucoup occupé de réparations de bâtiments, il pourrait te dire si notre
devis est suffisamment précis et si les prix de Petitjean son raisonnables ; mais le
voudra-t-il ? n’aimera-t-il pas mieux dire après coup ? Enfin, fais comme tu
voudras ; tu sais qu’en toute chose il faut admettre un certain pourcentage de
coulage.


Et voilà mon petit bavardage achevé pour aujourd’hui. Un seul détail ; la vie est
chez nous bon marché, à l’estimation des troupes américaines ; car un de mes
camarades qui revient de chez ses beaux-parents (région de Pont-à-Mousson) a vu




acheter les œufs un franc pièce : ça promet, hein ? Il paraît que la vie est très
dure pour les civils dans toute cette région incessamment battue par les bombes.
Enfin je n’insiste pas.


Embrasse bien tous tes hôtes pour moi ; mes tendresses aux enfants et à toi.


J Déléage



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