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Transcription :


Massevaux, le 24 août 1917.


Ma petite Louise,


As-tu retrouvé ton équilibre ? T’es-tu réhabituée à ce demi isolement des femmes de
la guerre ? J’’espère que oui ; l’a amitié de Berthe et de France,
la compagnie de Lucile et surtout le souci de tes enfants "
" t’y ont aidée puissamment. D’ailleurs tu sais que notre séparation est désormais exempte
d’inquiétudes et de soucis, qu’elle est tout simplement une séparation …de corps
(sans jeu de mots !) Tu sais très que je ne suis pas malheureux ici, que mes
journées sont tout juste assez occupées pour rester agréables, que je suis presque
en vacances dans un coin charmant. Et d’ailleurs, sans se leurrer d’espoirs
décevants et de projets immédiats, on peut croire que notre séparation ne durera
plus beaucoup, si même elle ne cesse pas dans quelques semaines. J’insiste pour que
tu gardes sans cesse présent à l’esprit




ce tableau vrai de notre situation, et que tu en dégages l’impression de tranquillité
morale, de sérénité intellectuelle qui doit être la tienne.


D’une mise en sursis possible, rien de nouveau à te dire : je ne saurais
rien avec quelques jours, si même je sais jamais quelque chose. Je ne sais au juste
quelle attitude Magnin prendra à ce sujet si on le consulte ; comme il se réinstalle
à l’ecole, que ces promotions doublent provisoirement leur effectif, il aurait
d’excellentes raisons à faire valoir pour le retour au statut quo ante bellum ; et
comme je le crois très bon camarade, j’incline à croire qu’il agira dans le sens de
mes désirs, si on le consulte. Tout dépendra de Besançon, et de cela je ne saurai
rien que par la décision, si elle vient …


D’ailleurs mon collègue de Beaune, celui qui ns a
remplacés à Arnay, sera rappelé probablement ;



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[3] [numérotation haut de page]


Séris l’a demandé ; il est de la classe 1894, tandis que j’ai 2 ans de moins ; par
contre mon poste est tout à fait spécial. En somme, j’ai des chances, rien de plus ;
de la patience pendant un mois, et surtout pas d’illusions.


Mingat est institutituteur dans le cercle de Dannemarie ; il est rappelé d’office :
classe 1892. Nous sommes en Alsace 2/3 de
fonctionnaires qui pouvons être mis en sursis, si le décret est appliqué avec un
esprit large ; mais on ne sait encore si cette interprétation prévaudra.


En arrivant ici, j’ai trouvé un nouveau camarade, M. Boegner, professeur agrégé de
philo au lycée de la Roche ; 32 ans, auxiliaire ; rien à objecter. On ne sait encore
si l’application de la loi Mourier entrainera des modifications ici : c’est peu
vraisemblable.


J’ai repris mes leçons particulières, et en même




temps nous donnons, par roulement, des répétitions à nos candidats et
candidantes au brevet ;
au total 4 heures d’enseigt
par jour. Tu vois qu’il me reste du temps
pour faire la sieste et visiter les environs. Aussi je prends les jours comme ils
viennent, sans m’en faire. C’est d’autant plus facile que le beau temps est revenu
depuis mon retour ; nous avons des journées radieuses ; je vous en souhaite autant,
et de tout cœur.


- Naturellement, en prévision d’un changement possible, je ne complète pas encore mon
trousseau militaire. Je verrai à la fin du mois prochain.


- Puisqu’aujourd’hui on souhaite ta fête, avec tout le cœur que je sais, de te
renouvelle mes vœux et mes tendres embrassades. Seras - ce encore une gaffe ?


A demain de tes nouvelles, sans doute. Mes baisers à la ronde.


JDéléage



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