Affichage détaillé (Des lettres, des liens)


FRAD071_19170729_53J6_1075

Transcription :


Massevaux le 29.7.17


Ma petite Femme,


Je reviens de la poste (17hres
) où on m’a remis ta bonne
lettre du 26 courant ; si je n’y etais pas allé le facteur ne me l’aurait apporté
que demain matin. Tes 2 mandats de 50 francs ne s’y trouvaient pas, sans doute parce
que tu les as mis sous une autre enveloppe recommandée ; et comme ce genre de
lettres est toujours censuré, je n’aurai la tienne que demain ; d’ailleurs, pour ne
pas te causer d’ennui inutile, j’attendrai d’être fixé avant de fermer cette
lettre.


Je n’avais pas l’intention de me mettre « beau » pour partir en permission ; dans ces
trains très sâles, où nous sommes entassés, on se frippe beaucoup ; d’ailleurs,
c’est sur ma mine et ma bonne humeur que tu me jugeras, non sur l’état de mes
« frusques ». Cependant, si tu y tiens, je puis faire cela pour ma petite Lou.




Je ne sais si c’est parce que tu m’annonces une mignonne petite femme, toute en
beauté et bien heureuse, mais il me tarde plus que jamais de partir. Je me fais
une félicité d’aller t’embrasser et te faire fête. Il me tarde aussi de revoir nos
voyageurs revenant de si loin, et de juger de leur état de santé, et de bavarder :
songe à tout ce qu’on aura à se dire ! 2 nos jours y suffiront-ils ? - Et puis il y
a mes chers petits à caresser, à confesser, à observer ; André m’intéresse
particulièrement, en ce moment, car je le sens en pleine formation morale et
intellectuelle, ses lettres, que je relis de très près, me paraissent très
significatives à ce sujet ; me trompè-je ? en tout cas je voudrais bien
« l’inventorier ».


Tu as déjà fait des préparatifs sérieux ; je verrai la vieille maison très
volontiers, et applaudirai à son aménagement. Nos fils doivent s’y sentir




[3] [numérotation haut de page]


bien à l’aise et tout à fait chez eux. André surtout doit goûter cette belle
indépendance. - Tu nous logeras sans doute au pavillon, afin que nos Algérois soient
plus à l’aise ; en tout cas, si mon avis à quelque intérêt, faites ensemble pour le
mieux, ce sera bien. J’espère toujours arriver le 9 au matin, peut-être le 8 (même
heure) ; mais il est plus prudent de ne pas m’attendre à cette dernière date.


Voici 5 jours que ns n’avons pas classe : jeudi
préparation de l’examen ; vendredi, certificat d’etudes ; samedi, promenade
scolaire ; dimanche, repos ; et demain lundi, congé en l’honneur du succès de
vendredi. Il ne restera plus que 4 jours de classe ; le lundi 6, distribution des
prix ; le 7 ou le 8, départ en permission, sauf circonstances imprévues. Voilà,
j’espère, un joli tableau, hein ?


Hier, nous avons conduit toute l’ecole (300 enfants)




en excursion au Bärenkopf et dans les parages du Ballon d’Alsace ; ce n’est pas rien
que de conduire ces 300 petits gars sur des hauteurs escarpées, à 1200 mètres
d’altitudes, de n’en semer aucun, de leur éviter les dangers des
sources glacées, d’eviter les avions ennemis et de les ramener ensuite dans un
train. Il a fallu ouvrir l’œil, mais tout s’est passé sans incident. Malgré le
souci, j’ai vraiment joui de l’excursion ; ces sommets sont magnifiques avec leur
parure de pins et de frênes ; et le dédale de vallées et de ravins qu’on aperçoit à
ses pieds est extrêmement curieux ; au loin, et de chaque côté, les plaines de
Belfort et de Mulhouse s’allongent en une immense grisaille. Cela vaut la peine
d’être vu ; mais la course est dure, aussi tout ce matin j’ai paressé
agréablement.


Lundi 30 - Je viens de toucher les 2 mandats de 50 fr. A
bientôt ; fais ma tournée de bonnes embrassades, et garde-t’en.


Jean



Aucun commentaire