Affichage détaillé (Des lettres, des liens)


FRAD071_19170709_53J6_1071

Transcription :


Lundi 9 Juillet 1917.


Ma petite Louise,


Je m’étonnais un peu, hier et avant-hier, de ne rien recevoir de toi ; je m’explique
maintenant, après avoir lu ta lettre du 5 courant. C’est que tu étais vraiment
indisponible ; je te plains bien, ma chérie, d’avoir fréquemment de ces bobos
douloureux qui vous gâtent les jours. Cela tombe d’autant plus mal que la proximité
de ton départ te donne inévitablement beaucoup à faire : couture, confitures,
nettoyage, location, correspondance, etc. ; c’est de la guigne, et je t’assure que
j’en prends ma part, en pensée.


Ma lettre t’arrivera encore avant ton départ, du moins je l’espère. Je vous souhaite
un voyage le moins désagréable possible, sans retard excessif et par beau temps ; ne
vous ennuyez pas trop à Moulins, et que mon grand garçon ne soit pas indisposé.
Comme vous trouverez la maison en état et accueillante, vous serez tout de suite
très bien ; mais franchement




il est grand temps que vous partiez pour mettre fin à tous ces bobos gênants ;
soignez-vous bien, au besoin stimulez les appetits, et ne vous en faites pas. - Je
songe aussi que ma dernière lettre, un peu gamine, a du tomber bien mal à point ;
aujourd’hui je serais bien empêché de t’en écrire une pareille, car je suis plutôt
un peu agacé et amer : c’estca passera, avec bien
d’autres ! La cause ? le papier et le désordre ; et surtout une déception que je
sens venir ; enfin n’anticipons pas sur les évènements.


A la maison, ce doit être la préface des vacances : Maurice sans classe, André libéré
de toute leçon sérieuse. On doit jouer pas mal ; sait-on rester sage et aider maman,
encore quelques jours ?


Ici, rien de neuf ; les choses vont leur petit train habituel. Nous ne savons rien de
notre prochaine destination, et l’attendons sans impatience.




[3] [numérotation haut de page]


Le temps est décidément détraqué, nous avons 1 ou 2 orages chaque jour ; rien
d’étonnant, dans ces conditions, que les vignes périclitent ; c’est d’ailleurs la
règle, depuis q.q. années, que la [1ère] quinzaine de juillet est néfaste par ses orages.


La nouvelle décision des Terra m’a un peu surpris ; tu feras pour le mieux, ainsi que
tu as commencé. Décidément ce vieux coin sert à quelque chose ; et si vous n’etiez
pas trop embarrassés je vous conseillerais d’emmener mon vélo pour les jeunes gens ;
il est au grenier, il suffirait de gbo
nfler à moitié les pneus qui
doivent être encore utilisables (ils etaient presque neufs en août 1914), et
d’emporter dans la malle la pompe et la sacoche ; je pense qu’on ne lui fera pas
grand mal. Voyez cela, s’il est encore temps ; mais il est entendu qu’André ne
roulerait qu’en compagnie de son oncle.


Pour ton logement, la question doit être réglée




à l’heure actuelle ; souhaitons que tu tombes sur de braves gens et que tu n’aies pas
d’ennuis au retour. Tu me tiendras certainement au courant.


Et voilà tout ; je reste en parfaite santé, et fais des vœux bien pressants pour
que tu sois bientôt de même.


Recevez tous trois mes plus tendres baisers.


Jean


En arrivant, ne m’oublie pas auprès de Père et de Marie ; mes amitiés aux Denevers et
à Antoinette.



Aucun commentaire