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Transcription :


Mardi 3 Juillet 1917.


Ma Louise,


Je viens de lire ta lettre du 30 juin qui a été la bienvenue comme toujours, et
d’autant plus que je l’attendais. Les nouvelles que tu m’apportesnt sont
intéressantes, quoiques menues ; tes dispositions pour vêtir André m’amusent, de
loin, et il me semble que tu défends assez bien ta bourse ; n’hésite pas à faire
l’achat pour Maurice, il n’y a rien à perdre et presque sûrement à gagner. – Je
souhaite que votre promenade à St Germain ait été belle et
agréable ; ici, il a plu tout le jour et depuis le temps reste détraqué ; vous me
direz si les enfants ont pris quelques poissons. – Je ne savais pas que Père et sa
femme fussent à Mazilly ; tu me donneras de leurs nouvelles peu après ton arrivée,
ainsi que de ta vigne. Et je crois que si vous voulez pêcher cette année ; il vous
faudra emporter q.q. fournitures pour lignes
(hameçons et sondes, peut-être des crins ; d’ailleurs j’en regoûterai aussi de ce
plaisir !




Si les permissions continuaient à marcher aussi vite que ces jours-ci, je partirais
vers la fin de ce mois ; mais il est presque certain qu’elles seront prochainement
réduites ou suspendues, quand nous prendrons un secteur. Je compte plutôt partir en
août. Et puisqu’il le faut, je prendrai mon parti de la présence de Marie qui saura
j’espère ne pas nous encombrer ; nous y gagnerons d’ailleurs en liberté ; et tu
auras une agréable compagnie en ton père, sans compter que les enfants ne s’en
plaindront pas.


Il me faut maintenant te donner deux petits conseils - que tu accueilleras avec le
petit sourire qu’ils méritent. Voilà : je voudrais retrouver ma petite Lou mignonne
et provoquante ; les robes ne font pas grand-chose à l’affaire, mais ce sont les
jolis dessous qui importent et auxquels il faudrait faire une petite place dans ta
malle ; puis le grand soleil rougit et brunit promptement une gorge de blonde, ne
pourrait-on la préserver un peu jusqu’à



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ce que « le seigneur et maître » l’ait admirée et bécotée à loisir ? enfin le séjour
à la campagne arrondit toujours un peu ma petite Lou et elle n’ignore pas ma
prédilection pour ce genre de beauté ; ne pourrait-elle favoriser un peu cet heureux
travail de la nature ? . – Mais quel mari peu sérieux je vais te paraître, et comme
tu vas penser mal de moi ! Que veux-tu, c’est la guerre ! Et puis, toute réflexion
faite, tu ne seras peut-être pas si fachée que ça de mes conseils ; n’es-tu pas une
« feminine » de plus en plus ? A ce sujet, j’ai découpé à ton intention un petit
article qui m’a plu : il exprime presque exactement notre idéal commun de la vie
conjugale, du rôle des époux, de leurs sentiments respectifs ; en tout cas, Michel
Provins oppose joliement la « féminine » que tu es à la « féministe »  que je te
souhaite pas devenir. Veux-tu me dire si nos sentiments concordent sur cette petite
thèse ; cela t’amuseras de me répondre quelques lignes.




Absolument rien de nouveau ici ; pas trop à faire, conditions matérielles bonnes, pas
d’ennuis personnels, une certaine liberté d’allure et de mouvements, mais quelques
fugitives atteintes de cafard. Il se pourrait que notre séjour se prolonge un peu
dans ce plantureux village, avant d’aller retrouver le grand chahut ; inutile
d’ajouter que c’est notre vœu le plus cher.


Je viens de recevoir la visite de Varriot ; il y a longtemps que je ne l’avais vu,
aussi avons-nous bavardé volontiers. Sa santé est parfaite, il n’a pas plus
d’illusions que moi sur la durée de la guerre et sur la situation actuelle. Marcelle
soigne son grand-père à Chagny et s’en trouve un peu surmenée ; son Jeannot a eu
q.q. bobos sans gravité. Les grands-parents
(Denevers) vont bien et sont actuellement à Châlon. En somme, rien de
saillant.


Il ne me reste plus qu’à te biser bien tendrement, et à te charger d’en faire
autant à nos chéris.


Jean



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