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Transcription :


Vendredi 22 Juin [1917].


Ma Louise,


J’ai été bien surpris et bien ennuyé hier, en lisant le récit de tes nouvelles petites
misères ; ce doit être un mal bien agaçant, et puis, comme tu le dis, il y avait la
crainte de voir le mal s’aggraver. Heureusement qu’il n’en a rien été, et qu’au
moment d’écrire tu étais à peu près débarrassée ; j’espère que c’est maintenant
chose bien passée, dont il ne te reste plus qu’un mauvais souvenir. La cause pourrait
bien être celle que tu indiques, et le remède, beaucoup de dépuratifs des précautions et
le grand air. Mazilly sera le bienvenu dans 3 semaines, et je compte bien qu’André pourra en
profiter pleinement puisque son genou paraît guéri. Cette année, c’est le Minet qui
tient bon ; tiendrait-il enfin le bon bout ?


Tu dois être contente de savoir ta vigne en bon état et pleine de promesses ;
seulement la récolte est loin encore.




Berthe m’a écrit, à toi aussi sans doute ; ses nouvelles sont assez grises,
Francisque n’est toujours pas brillant et a besoin d’un peu de repos et d’air frais.
C’est pourquoi, il vont tâcher de prendre un congé en Algérie, dans un coin dont le
choix les embarrasse.


Voici 2 jours que je me lève avant 1 heure pour continuer notre petit pèlerinage ;
aussi je tombe de sommeil ; pourtant il faudra recommencer demain. Ce n’est pas très
fatigant pour moi, grâce à la voiture, mais les journées sont interminables. Notre
> 80 durera encore 3 journées, après ce sera
encore la détente. Donc ne t’en fais pas.


Les permissions sont portées à 20% ; si ce taux est maintenu, je pourrais bien
partir vers la fin août. Tu as certainement lu hier que le ministre a promis de
porter la durée des permissions à 9 ou 10 jours ; en profiterai-je ? Visiblement, on
veut amadouer les poilus, leur faire avaler la pilule du prochain hiver, redresser
le moral ; bref,




[3] [numérotation haut de page]


c’est un indice que la fin n’est pas proche, et que le moral a sérieusement besoin de
réconfortant. Je profiterai du remède, et c’est cela surtout qui nous intéresse.


Avant-hier, je t’avais écrit une longue lettre à porter par un permissionnaire ; mais
au dernier moment, je n’ai pu mettre la main sur mon poilu, et ma bavarde missive «
reste en carafe ». Je te le dis pour que mon intention ne soit pas perdue à tes
yeux.


Le temps est, cette fois, détraqué par les orages ; les matins sont frais, on
 supporte vareuse et capote ; et surtout notre beau « voyage » est gâté par la brume
et la pluie. Tant pis.


Au revoir ; achève vite de guérir et dis-le moi. Baisers bien tendres à tous trois.


Jean



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