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Transcription :


Samedi 16 juin 1917.


Ma Louise,


Les journées des 14 et 15 courant se sont passées sous le N°80 ; aujourd’hui on reste
à l’ombre, mais ce n’est pas encore le N°82. Malgré la chaleur très forte, ces 2
journées n’ont pas été très fatigantes, car dès 9res
du
matin tout était terminé. Pour moi, en particulier, les choses se sont passées le
mieux du monde : lever à 2 hres
1/2 arrivée à 7
hres
avec « ma » voiture, débarbouillage, déjeuner,
installation de « mon » bureau ; la nourriture elle-même est acceptable. Nous avons
la veine de nous installer dans une salle de mairie propre et confortable ; on m’a
gracieusement offert un lit où j’ai dormi mieux qu’à côté de toi, et ce matin je me
relève tout neuf. La dame qui me prête un lit est Institutrice ici ; son mari a été
tué à Verdun il y a près d’un an, et dans son


[surplus]


Rien autre de nouveau sinon que dans 3 mois (presque rien !) j’irai de nouveau
admirer tes élégances et tes grâces.


Là-dessus, fais mes tendresses aux enfants ; à toi mes caresses.


Jean




immense chagrin elle s’efforce d’être utile aux militaires de passage ; elle ignore
qui je suis, et ce n’est pas moi qui le lui apprendrai. Car je suis en plein dans
« ma » future circonscription, et je ne me soucie pas d’y devenir l’obligé de
quelqu’un, car ensuite il faudrait payer.


La région est fort jolie ; les villages sont allongés dans des vallées étroites, très
fraiches, toutes en fleurs, entourées de belles forêts aux amples courbes molles.
Parcourir ces nids de verdure à l’aurore est tout simplement délicieux ; je souhaite
vivement te faire faire cette promenade l’an prochain. Tu en acceptes volontiers
l’augure, dis ma Petite ?


Jeanne achève aujourd’hui ses épreuves écrites, ce sont de dures journées de travail,
aggravées par le poids de l’incertitude. Je lui ai écrit il y a 8 jours ; j’ai la
certitude quasi absolue qu’elle réussira.


Robert est nommé sous-lieutenant à titre définitif, et ce matin une 2e lettre m’apprend qu’il est affecté à l’aviation ; lui est enchanté, ses
parents le sont moins.




[3] [numérotation haut de page]


La seule conclusion sérieuse à tirer de tout cela, c’est que l’opinion publique est
nerveuse et inquiète, que la confiance est à peu près morte dans certains milieux.
C’est évidemment notre échec de Champagne qui a déterminé cet affaissement du
moral ; mais les dirigeants y ont largement contribué par leur attitude de silence,
de cachotterie, de censure inepte ; que veux-tu, le mensonge s’en donne à cœur-joie,
ne trouvant devant lui aucune vérité. - Quoi qu’il en soit de ces causes et
explications, le fait certain est qu’on commence à réprimer à l’armée ; je n’ai pas
le droit d’entrer dans le détail des mesures prises ou en cours d’exécution ; mais
tu peux me croire sur parole : on a senti la nécessité d’enrayer les tendances à
l’indiscipline. Attendons pour juger des résultats.


- J’ai reçu hier ta lettre du 14 courant qui n’est pas sans me causer du souci ; il
est surprenant que




Le genou d’André n’arrive pas à guérir, malgré tous les soins déjà donnés. Si ton
dernier traitement ne donne pas des résultats rapides, il faudra voir le médecin
sans tarder et lui demander un traitement plus énergique. Il serait navrant que
notre grand ne puisse jouir de ses vacances, et d’ailleurs ces petites plaies qui ne
guérissent pas peuvent brusquement causer de douloureuses surprises ; donc,
attention ! veille de près, et beaucoup de dépuratif. - Quant au complet, tu as
évidemment fait puisque la chose était nécessaire.


Tu n’es pas seule à avoir chaud, nous souffrons d’une vraie canicule, et le bureau
est une étuve. Quel contraste avec le dernier mois de juin ! - Depuis longtemps je
n’ai pas de nouvelles d’Alger, je les plains si la chaleur est là-bas en proportion
de ce qu’elle est ici. - Rien de nouveau de Mâcon ?


Mes caresses aux enfants ; à toi mes tendres baisers.


Jean



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