Affichage détaillé (Des lettres, des liens)


FRAD071_19161227_53J6_0889

Transcription :


Mercredi 27 Xbre 1916.


Mes chéris,


Ce sont mes vœux de bonne année qui vous arrivent, nombreux et tendres, plutôt pensés
et sentis qu’exprimés ; mais vous saurez suppléer à l’insuffisance de ma lettre.


A ma Louise, je souhaite avant tout de la patience et du courage jusqu’au bout de
l’épreuve ; je sais qu’il lui en faut beaucoup, mais aussi qu’avec de la volonté
elle en aura autant qu’il sera nécessaire. En outre, une santé régulière, grâce à
des précautions continues dans la nourriture et l’habillement, afin que le physique
réagisse heureusement sur le moral. Et c’est tout ! Le reste, nous l’avons ;
l’affection et la confiance qui nous lient sont au-dessus des épreuves ; le désir de
bien faire est égal chez toi et chez toi ; personne n’est plus attaché à ses
enfants




que nous. J’ai donc bien raison de borner mes souhaits à deux, et si je les
accompagne d’un grand baiser qui t’enveloppe toute, tu auras à la fois le fonds de
ma pensée et le fond de mon cœur.


A mon André, je ne souhaite que de conserver les qualités de bon élève dont il fait
preuve de plus en plus, et aussi d’obtenir les succès auxquels ses efforts lui
donnent droit. A la maison, je lui souhaite d’être plus doux avec son cher petit
frère, un peu plus docile avec sa bonne maman ; s’il arrive à réaliser ce vœu, il
sera vraiment notre meilleure joie.


A mon Minet, je ne souhaite que de se bien porter, de devenir plus robuste ; pour
cela, il faut bien suivre toutes les indications que donne la maman. Tout le reste,
il l’a : docilité et gentillesse à la maison, bonne volonté et attention à
l’école.




Enfin à tous trois, je souhaite de passer une bonne journée de l’an, de vous gâter,
de vous amuser, de vous caresser, de jouir des cadeaux reçus.


- Et voilà mes 10 jours qui vont s’achever ; je n’ai pas souffert véritablement ;
rien que de petits inconvénients à supporter, et qui paraissent peu de chose en
comparaison du fardeau de misères que d’autres portent à côté de moi. Il pleut
toujours, et on finit par devenir impuissant contre une calamité aussi persistante.
J’écrirai demain un mot pour dire comment la « traversée » s’est faite.


- Mes 2 beaux-frères m’ont écrit, et naturellement sur le même sujet. Leurs lettres
réflètent bien les différences de nature, de jugement, de situation. Jean-Baptiste
est troublé, inquiet, hésitant, devant des evènements aussi imprévus que ceux




de Roumanie et de Grèce ; Francisque conserve un imperturbable " " optimisme, basé sur des puérilités et dont la conclusion
semble une mauvaise plaisanterie. Ce contraste me surprend et m’afflige ; voici les
2 lettres : tu jugeras toi-même.- Je n’ai pas reçu la carte de Francisque que tu
m’annonçais.


Au sujet de colis, rassure-toi bien ; celui que tu m’annonces, et que je trouverai ce
soir à mon arrivée, suffit pour le moment. Je t’en avais
demandé un 2ème à m’envoyer le 13 janvier ; ajourne-le
jusqu’à nouvel ordre, en raison de certains bruits heureux qui commencent à courir.
Quant au contenu des colis, c’est la charcuterie qui convient le mieux ; les boîtes
de conserves sont chères, médiocres et pas commodes.


A demain un mot ; encore une fois, recevez tous trois mes plus tendres caresses, en
ce jour qui était si heureux autrefois – et qui le redeviendra.


Jean



Aucun commentaire