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Transcription :


Lundi 29 Xbre,


Ma petite Louise,


Ce n’est pas le joyeux Noël qu’on avait envie de chanter cette nuit mais
plutôt le noël des Gisents. Par contre les Boches ont chanté à tue-tête dans leurs
tranchées : leur moral est bon ; les nôtres, qui n’avaient pas reçu le moindre
supplément de nourriture ni de vin, sont restés tranquilles et moroses ; seuls nos
officiers ont pu réveillonner, ravitaillés en douceurs par leurs ordonnances.
Quelques-uns s’étonnent et s’aigrissent de telles différences, dans un temps où la
souffrance devrait être égale au moins entre combattants ; je les comprends, mais
j’aime mieux m’en moquer et n’y plus penser. - Notre nuit n’a été troublée par aucun
incident fâcheux, bien que la canonnade n’aiet jamais cessé.


Ta lettre du 22 m’est parvenue hier au soir ; le début n’est toujours pas gai ; tu
n’as pas encore retrouvé ton équilibre, mais ça vient : je le sens aux petites
choses que tu me racontes ; encore un petit coup d’énergie, et le redressement moral
sera accompli.


Au sujet des victuailles, ne te frappe pas ; ton colis va arriver demain ou
après-demain : il suffira pour la période du 1er au 11 janvier.
Le 13 ou le 14 janvier, envoie-moi




un autre colis (poulet ou autre chose) qui m’arrivera ici au début de ma 3e période de 10 jours de cachot. Je te demande cela, parce qu’il
nous est absolument impossible de rien nous procurer en nourriture comme en
liquides ; notre régime, c’est le bœuf 2 fois par jour ; on a peu d’appétit : le
séjour ininterrompu dans les souterrains rétrécit momentanément la descente.


Les Farest mériteraient bien qu’on leur réclame le coût du mandat, car ils n’avaient
aucun droit de nous le retenir ; d’ailleurs, ils ne l’avaient pas fait jusqu’ici. En
tout cas, on pourrait leur écrire qu’on passe l’éponge pour cette fois, mais que le
procédé ne serait pas accepté l’an prochain ; enfin passons, parce qu’il faudrait
relire l’acte pour savoir si les intérêts sont payables au domicile du créancier ou
à celui du débiteur.


Mille regrets que Jeanne ne puisse être ton hôte
q.q. jours ; cela t’aurait fait un peu de
distraction, et à elle aussi. - Les Birkel sont toujours de bons amis qui ne nous
oublient pas ; je comprends leurs angoisses à de certaines heures.


Voilà la période des souhaits qui s’ouvre, et ça m’ennuie, car je ne suis pas
disposé




à pondre : on fera court.


A bientôt ; mes plus affectueux baisers à mes fils et à leur petite maman.


Jean



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