Affichage détaillé (Des lettres, des liens)


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Transcription :


20 Xbre16


Mon Cher Jean,


J’ai beaucoup pensé à toi depuis 2 jours. Je me fais difficilement à l’idée que tu es
à nouveau dans un terrier. Tu insistes pour que je le prenne le mieux possible mais
cela n’est pas facile. Pourtant j’ai pu surmonté lama première et triste impression. J’éprouve
cependant une reelle impatience à avoir quelques détails sur ta vie de cette
quinzaine qui va suivre et qui me paraît si longue à l’avance. Comment
avez-vous pu rejoindre les tranchées ? Le péril n’était-il pas trop évident ? Vos
abris étaient sont-ils acceptables ? " "
Aujourd’hui à la place jede ma
petite lettre je n’ai eu que ma prose et une lettre de Jeanne que tu me
transmettais, cela était loin de calmer mon impatience. Et je songe que le caleçon
que tu m’as renvoyé t’aurait été bien utile, car par ce froid humide vous ne pouvez
moins faire que d’être très mal.


[surplus]


Ta Louise




J’ai lu, pour tromper mon ennui, la lettre de Jeanne, mais à dire vrai, je l’ai lu
distraitement tant elle est loin de mes préoccupations. Un peu de vie plus réelle
lui fera du bien à cette heureuse jeunesse.


Je lis les' Œuvre avec attention, je
l’attends toujours impatiemment et j’y cherche vite d’abord si nos communiques ne
mentionnent rien pour vous. Puis je m’absorbe dans la politique française et même
anglaise. Il semble bien maintenant que des explications plus nettes seront
demandees aux Allemands mais il reste de plus en plus evident que rien n’en pourra
sortir quand même car les propositions ne peuvent qu’être loin de ce que l’on
voudrait obtenir. Mais il me semble bien tout de même que ce sera un premier pas
de fait. Cette offre de paix aura fait surgir un mirage bien trop
séduisant pour que l'on qu’on le puisse l'
oublier.


- J’ai demandé à Catherine qu’elle me cède sa fille pendant une partie des vacances,
je l’ai fait car je sais que Jeanne viendrait volontiers. J’attends la




réponse. J’ai répondu d’urgence à Claudia, son reproche, transmis par toi ne m’a pas
fait tiquer et pourtant tu sais si j’avais vite fait autrefois dans de
sembla
quand on me rappelait à l’ordre.


- Le grand-Père m’a écrit longuement, il garde une excellente santé mais me dit une
chose qui m’est pénible  : qu'
iIl s’est mis à la disposition de
l’administration pour quelque emploi qu’il lui plaira de lui donner et cela sur
l’invitation du ministère. Je trouve qu’à son âge, c’est trop demander. A côté de
cela il me cite une longue liste de décès dans leur entourage et connaissance. Dans
leur maison un malheureux tuberculeux a terminé sa longue agonie mais comme c’est le
2ème de l’année qui s’en va, Marie qui est superstitieuse se
sent le frisson en songeant au dicton. Le Père lui, dit qu’il fait de la gymnastique
pour se tirer plus facilement des pattes. Quelle heureuse humeur !


J’aurai été à coup sûr bien contente de le voir venir passer avec nous cette fin
d’année mais je n’ai pas osé le dire "" redoutant que ces
longues journees de voyage ne lui occasionnent des fatigues. Par ces temps froids et
à son âge il faut prendre des précautions. Il a envoyé 20 frs pour les étrennes des
Enfants et j’ai songé à les utiliser en l’achat d’un mécano pour mon Minet. Ce sont
ses plus belles années de tendre enfance qui se passent pendant cette guerre à ce
cher petit et il m’est venu le désir de le gâter un peu comme autrefois. Je lui ai
d’ailleurs fait miroiter ma demi-promesse et il est radieux. André s’achètera
quelques objets utiles. C’est un sérieux. Nous escomptons à l’avance, le mandat
d’Alger et j’emploierai le restant à racheter à mon étourdi de Minet une pélerine
pour pour les
jours de pluie. La joie des Enfants enlevera un peu de la mélancolie de mes idées et
nous tâcherons de ne pas finir trop tristement notre année.– Notre santé s’est bien
rétablie. Il me semble que tu t’exagères nos bobos. Ce sont les petites misères de
l’hiver. Pour moi, ilje suis au
contraire dans une bonne période, et André s’est remis facilement. La toux a été
tenace mais le remède du rigolo sera sans doute efficace


[surplus]


Je t’embrasse bien tendrement en te souhaitant le moins de misères possibles.



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