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Transcription :


15Xbre [1916]


Mon Jean,


Tes lettres arrivent presque régulièrement. Je constate, à mon regret, que le séjour
en lieu sûr n’aura pas été long. – J’expédierai ce soir ou demain le jamboneau et
fais en sorte de me faire savoir à temps ce que je puis t’envoyer afin de ne pas
t’exposer à manquer de quelque chose.


- Notre santé est redevenue à peu près normale, cependant André à sa première sortie
n’a pu éviter le coryza et il lui reste une grosse toux de sa grippe. Nous
soignerons tout cela et en verrons peut-être facilement le bout. Et
Mercredi pour compléter nos misères, mon Minet ainsi qu’il te le
disait hier, a attrappé souffert d’un violent mal d’oreille et contre mon
espoir le mal n’avait pas eté calmé aussitôt par la glycérine phéniquée. Il a fallu
que le pauvre cheri souffrit près de 3 heures et j’aurai pleuré de ne pouvoir le
calmer.




Mais tout de même l’heureux sommeil réparateur si complaisant à cet âge est venu tout
emporter. Pour moi je suis tout à fait remise. André a repris ses cours ce
matin.


- Les journées se traînent assez péniblement car on sent que l’heure est grave. On
attend impatiemment le journal et sa lecture nous laisse dans une attente plus
fievreuse encore. Il semblait pourtant que l’on pouvait fonder quelque espoir sur le
nouveau ministere et voilà que les débats reprennent du premier coup aussi aigres et
agressifs et que la majorité n’est pas plus forte. Demain la scéance sur les décrets
de guerre menace d’être mouvementée, qu’en sortira-t-il ?- Et cette offre de
négociation de paix lancée par nos ennemis, comme elle va "
"

trouble, amollir les esprits. On aura beau la repousser, on sera ébranlé et c’est
bien probablement une première pierre de posée. Les boches sont habiles, ils savent
bien ce qu’ils font. Mais d’un Et pour le moment ils n’attendent bien sûr
que notre refus pour déclancher quelque en… de formidable vers nos armées
de




Macédoine. Cette fois le coup sera direct pour nous et il semble à l’avance très
périlleux. Enfin, attendons comme toujours. Ce qui me remet au cœur un peu de
patience c’est d’avoir passé notre la moitié de notre nouvelle
séparation. Bientôt l’on comptera les jours et cela me redonnera tous les
courages.


- J’ai été sensible au reproche indirect de Claudia, dernièrement j’étais pourtant
bien entrain pour me libérer avec tout mon monde et le temps m’a manqué pour écrire
à cette bonne Tante. Depuis je l’ai « mise en oubli ». Mais je vais réparer
d’urgense. Je comprends très mal son revirement complet au sujet de ses désirs de
changement. Elle paraissait tant tenir à son milieu. Il serait certainement
preferable pour elle de se retrouver sa maitresse. Mais saura-t-elle se contenter de
ce que l’on pourra lui offrir pour débuter.


- Notre vie matérielle se complique. C’est à nouveau une comédie (je dis bien car la
plupart des commerçants n’en donnent qu’à leurs clients) pour




obtenir du sucre et quant au pétrole, il est pour le moment introuvable et nulle part
on ne sait quand il en arrivera. Ma provision s’épuise et je suis fort en peine. –
Dernièrement comme il nous fallait des œufs frais, je les ai payés 1.f
les 3.(7 sous l’œuf). Heureusement la
boucherie n’a pas augmenté depuis quelque temps et cela grâce à l’initiative d’une
boucherie municipale ; si l’on voulait on pourrait arrêter bien des hausses
exagerees. Je crois que pour le charbon on a retabli un prix convenable.


Aujourd’hui ma femme de ménage m’a manqué mais elle viendra demain. Elle est très
irrégulière mais en ce temps de rareté, il faut ne pas être exigeants.


J’ai commencé la lecture de « la Boule ». C’est un milieu que je ne
connaissais guère et son réalisme me confond un peu mais la peinture est bien faite.
Hier soir j’ai prolongé ma lecture jusque vers 10 heures.


Je te laisse mon Jean Chéri en t’embrassant avec tendresse pour tes 3 chéris.


Ta Louise



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