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La famille Déléage

Affichage détaillé (Des lettres, des liens)


FRAD071_19161113_53J6_0834

Transcription :


Le 13 Novembre 16 [1916]


Ami chéri,


Ta longue lettre m’a cause la plus intense des joies. Elle me fait entrevoir un
avenir très doux, rempli - sans doute d’occupations - mais surtout moralement
parlant, Elle me met avec toi, cœur à cœur, pour jeter un coup d’œil sur ce Paradis
promis. Aussi tu comprends combien tes confidences me sont chères ; elles me sortent
un instant de ce qu’il y a de strict dans ma vie, elles chassent aussi le souci
present pour me faire penser mettre à l’émission de ta pensée


- Ayant pour ma part vécu presque en dehors de la grande tourmente, en dehors surtout
des intrigues et du bas égoïsme qu’elle a fait naître ; m’étant confinée plus que
jamais en moi-même, occupée seulement de mes Enfants et de mes soucis à ton égard,
j’aurai pu subir à coup sûr une évolution moins grande et surtout moins rapide que
la tienne. Mais ton observation vigilante aura vu, vécu, apprécié




pour deux et sois rassuré mon Ami que chacune de tes idees fait impression sur moi
que "
"
mes yeux s’ouvrent et que la vérité m’apparaît chaque fois
plus nette.


Continue donc à penser avec ta Petite, peu à peu tu reveilleras un esprit
d’observation et sa faculté de penser et de juger peut-être engourdi par
une
10 ans d’une vie trop facile qui nous paraissait parfois vide dans son
heureuse conformité. Et nous la reprendrons cette vie avec un debordement de joie et
de curiosité et certes nous ne serons pas déçus car notre appréciation, bouleversée
par la tourmente, saura nous faire comprendre ce qu’une vie de famille peut contenir
de vrai bonheur… Et si le plan, que tu te traces, de la vie à venir
semble contenir un brin d’égoïsme ! c’est à coup sûr un égoïsme sain et généreux
puisqu’il tend à transformer en Eden notre vie intime. Quel idéal pourrait être plus
noble ? - Nous rattrapperons donc ces années volées à notre intimité en nous
enivrant, avec nos Enfants ,
une j (alors devenus des petits hommes à la pensée presque formée), une
plus grande encore et plus exclusive.


En attendant je reste chez moi comme tu l’as fait pour toi , ce plaisir
presque




uniquement éprouvé lorsque je corresponds avec toi et nul doute que de
cette correspondance intime, achève d’établir entre nous cette communion de nos
pensées qui en temps de paix n’avait peut être
pas
eu ni le loisir, ni
l’occasion de s’établir complètement, et de cette bonne habitude jaillira cette vie
mieux remplie, ce bonheur plus conscient que nous avons entrevus ensemble.


Et maintenant pour repondre de mon mieux à toute ta toute
lettre je vais remercier une fois de plus ton offre gracieuse. le tourment nous
honore mon cher Petit Mari et votre petite femme en est doucement impressionnée mais
pour le moment l’intention vaut pour elle bien plus que l’exécution qui manquerait
de charme en votre absence. Ses désirs un moment refoulés sortiront peut-être plus
fous de cette claustration prolongée et alors il vous sera aisé de choisir parmi les
moins fous pour les réaliser.
" "je donc"


Je passe donc outre aux chatouilleuses menaces, et remet dans
la cassette le proget deavec
les petits billets. Un gros merci et un plus
gros baiser vont clore ce petit incident.




- le même jour 8h ½ - Je viens de passer une bonne
soirée avec Madame Gravière, tes cheres lettres m’avaient mise en train
aussi
et ell cette bonne dame m’a trouvé le visage reposé et souriant. J’achève
la journée avec toi les Enfants sont couchés. Maurice va au lit regulièrement entre
7h ½]

et 8 h. André
vers
de 8 h ½ à 9 h
et notre grand se lève presque chaque matin à 5 h ½ . Il a fait ce soir sa composition de mathématiques et peu s’en est fallu que
son travail ne soit tout à fait bon ce qui aurait été parfait car ses
meilleurs camarades n’ont pas l’air d’avoir bullé. Mais dans sa précipitation de la
fin, il a fait fausse une dernière petite operation de rien du tout et a
ainsi donné une réponse fausse (du moins avec erreur) sur deux c’est de
la guigne car une facheuse coïncidence a fait que cette opération,
quoique fausse, tombât juste ce qui a enlevé à André l’idee d’en faire la preuve. Le
Cher Enfant doute de lui en cette matière et cela lui enlève ses moyens, il deplore
le manque d’exercices de ces deux dernières années aussi pour combler un peu cette
trop evidente lacune, j’attirais son attention sur les problèmes types que fait
actuellement Maurice sous ma direction naturellement mais que le cher Minet saisit
assez vite. Ainsi à midi je me suis rendue compte si André comprenais un problème
que j’avais explique au Petit reposant sur la différence des âges de fortunes etc il
n’y voyait goûte et a même eu de la difficulté à saisir


[surplus sur côté droit de la page]


Quant au problème chinois dont je t’ai parlé, j’en ai compris le ressort mais
malheureuse d’apprendre que Mr
Marty n’en avait pas


[surplus sur côté gauche de la première page]


J’ai eu


vu plus clair que moi car les eleves de l’etude ne l’avait pas fait, pas le
notre
Pour les différences d’âges ma manière était meilleure que la
sienne, c’est celle qu’a choisi Mr
Bruneau Voila de
petits faits.


J’espère que ce long bavardage me vaudra un bon point.


Sur ce je t’embrasse mon Jean chéri avec plus de tendresse encore que d’habitude.


Ta Louise


J’allais oublier de te remercier de tes journaux. Mon Dieu que l’illustre est donc
polisson, mais cela me fait passer un bon moment et me distrait
seulement
. J’attendrai avec plaisir les suivants. Un Merci et une autre bise.


Lise


Jean Déléage

Louise Déléage

André Déléage

Maurice Déléage

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