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Transcription :


Mardi 5 7bre 1916.


Ma Louisette,


Il y a des jours où j’ai la nostalgie de toi et de toute ma famille rassemblée dans
notre cher ermitage ; ce sont des jours gris à tous les points de vue, et hier était
un de ces jours. Et puis c’était justement la Ste Rosalie, la fête de ma mère ; aussi les heures ont-elle passé
très lentement, sous la pluie d’orage et au bruit de l’immense marmitage. Je m’en
suis vengé en ne me couchant qu’à minuit, sans cependant pouvoir trouver le sommeil,
cette félicité des mauvais jours.


Ce matin, il fait un temps passable ; j’ai retrouvé mon équilibre, ça va.


[Surplus]


« Ma » ferme tremble tout entière et sans arrêt, car l’infernal marmitage est
maintenant assez proche : c’est notre ancien secteur qui « donne » maintenant à
pleine volée.


Mes bien tendres baisers pour toi, et mes plus affectueuses embrassades à toute la
maisonnée.


Jean




Comme toujours, nous sommes au calme ; le communiqué d’hier 3 heures a apporté à nos
gars la douce satisfaction de mentionner leur petit exploit ; ils n’en sont pas peu
fiers.


Nous n’apprenons rien, nous ne savons rien que ce qu’impriment les journaux ; nous
serions bien embarrassés pour commettre des indiscrétions. D’où le vide de notre
pensée et de notre correspondance. La seule chose bien certaine est que la bataille
n’est pas près de finir, puisque notre armée est à peine engagée. D’ailleurs, au
train dont marchent nos fabrications d’artillerie, il est vraisemblable que les
furieuses canonnades ne s’arrêteront presque plus ; on dit que c’est la bonne
méthode, c’est possible, je n’en puis rien savoir


- Ta lettre du 3 m’arrive fort à propos pour m’aider à remplir la mienne ; je vais
donc te répondre point par point.




1° Il est heureux que ton curé récolte de miel puisque c’est le dessert quotidien de
mon cher Jean-Baptiste ; mais il est bien favorisé d’obtenir pour si peu une
permission supplre ;
si j’en demandais une pour aller vendanger nos
q.q. grappes, je serais joliement bien
reçu ! Et les cultivateurs, qui ont des raisons sérieuses, n’en obtiendront pas plus
que moi. Comme on a des faveurs pour ces soutanes !


2° Je ne m’oppose pas à ce que tu vendes ton vélo, d’ailleurs en bien mauvais état,
et je ne pense pas que tu puisses en tirer plus de 50 francs. Plus tard
nous en achèterons un neuf, si tu le désires.


3° Pour le vin, il me paraît difficile que tu puisses passer l’année avec ce qui te
reste à Bourges ; et tu sais qu’avec le père Mouïse illetré, c’est tout une affaire
qu’un envoi en cours d’année. D’ailleurs j’espère bien achever l’année scolaire avec
toi. Ne serait-il pas plus sage d’expédier une feuillette et un sac de pommes vers
le 25 courant ?


4° Pour les sous-vêtements, ajourne ton envoi





s’il est encore temps ; il ne ferait que m’encombrer et j’ai tout ce qu’il faut pour
5 semaines encore. On nous distribuera d’ailleurs une collection plus abondante
encore que celle de l’an passé, je viens d’en voir la liste.- Je ne serai pas assez
maladroit pour refuser des gâteries que tu auras préparées ; toi-même, à mon
intention.


Dommage que tu ne puisses retrouver ta femme de ménage ; essaie d’en découvrir une
autre. Tu sais que je tiens avant tout à ce que tu ne te surmènes pas, et à ce que
tu me conserves des joues bien appétissantes. Est-ce de l’égoïsme raffiné, ou autre
chose ?


Tu me demandes si on va employer nos jeunes classes en vue d’un grand coup final.
D’abord, je ne crois pas à un tel coup : il serait aussi inutile que sanglant. Puis,
notre classe 16, doit être tout entière et depuis assez longtemps
engagée ; elle est même sérieusement écornée, à en juger par certaines indications.
Quant à la classe 17, elle va sans doute venir derrière nous prendra la place
laissée vide par son aînée dans les bataillons de marche ; ceux-servent à
reconstituer les unités décimées. D’ici Pâques, elles « encaissera » hélas plus
d’une fois.



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