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Transcription :


Dimanche 3 7bre 1916.


Ma Louise,


Les jours se suivent et se ressemblent dans la monotonie.


Notre grande, notre seule distraction, ce sont les journaux ; ils redeviennent
singulièrement intéressants, surtout en ce qui concerne les Balkans. L’adhésion de
la Roumanie et son offensive instantanée sont des évènements de toute première
importance, et quoi qu’on en dise elles sont une heureuse surprise pours la masse
des non initiés comme nous. Le concours de la Grèce ne paraît plus être qu’une
question de jours, avec ou sans le roi, plutôt sans lui ; les journaux d’hier
étaient très significatifs à ce point de vue, et leurs réticences pleines de
sous-entendus laissaient deviner bien des choses qu’on ne veut pas encore




publier ; l’abdication de Constantin et son départ pour Berlin, et celui de sa
terrible Sophie, paraissent possibles ; mais il ne faut pas trop se faire
d’illusions sur la portée du concours grec : l’armée est divisée, désorganisée,
presque dissoute au dire de Venizellos lui-même ; nous aurons remporté là un succès
moral et politique plutôt que militaire. – En ce qui concerne les Bulgares, la
situation est indéfinissable ; leur silence, la disparition subite de leur
généralissime, leur retraite commencée, divers autres petits faits laissent supposer
qu’on négocie dans la coulisse ; avec eux, tout est possible, et une nouvelle
trahison n’est pas absolument invraisemblable, à délai plus ou moins proche. Sans
aller jusque là, on peut raisonnablement espérer que la situation balkanique sera
entièrement liquidée d’ici au 1er janvier, y compris la prise de
Constantinople,




et qu’à cette même date l’Autriche-Hongrie sera bien malade. Restera l’Allemagne,
dont la puissance reste très grande ; aussi je ne me joins pas aux enthousiastes qui
espèrent déjà un armistice général pour le 1er janvier ; il
faudra attendre au moins jusqu’à Pâques.


Cette nuit, nos gars ont joué au petit jeu dangereux dont je parlais à Jeanne ; ils
sont revenus indemnes, accompagnés de 5 jeunes Bavarois. Ceux-ci prétendent avoir 20
ans, mais n’en montrent que 17 à 18 ; ils sont très fatigués ; on espère tirer d’eux
pas mal de renseignements importants : c’est la raison d’être de ces coups de
main.


En lisant les journaux, j’ai constaté comme toi que la Bourse des valeurs s’est mise
en branle, et c’est un indice très précieux. Nos actions du Crédit foncier algérien
montent chaque jour, hier elles étaient cotées 485 francs, au lieu de 440 il




y a une dizaine de jours ; cette ascension trop rapide m’inquiète un peu, car je me
demande si elle est factice ou sérieuse. Quant à nos autres valeurs, elles n’ont
jamais reparu à la cote. Amen !


Je viens de lire ta lettre du 1ercourant ; mes compliments à
Robert, quand tu écriras à Etang, c’est un brave petit gars. En ce qui concerne
Marinette, j’attendrai ta réponse et ferai la démarche que tu désires. Si tu écris à
Alger avant moi, fais-leur mes félicitations ; il s’agit sans doute d’une nomination
sur place, pour ordre ne changeant rien à sa situation matérielle. C’est agréable
tout de même.


Continue à te bien promener, à bien babiller avec Catherine : a-t-elle la langue
pointue ?


Mes tendres embrassades pour toi, sans oublier la Maisonnée.


Jean



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