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Transcription :


Lundi 28 Août 1916.


Ma Louise,


J’aurais bien des réponses à faire ; je vais t’en charger, si tu veux bien.


D’abord un grand merci à ma Dia pour sa longue et intéressante lettre, qui m’a permis
une fois de plus de suivre les détails de votre agréable vie. On a, paraît-il, fêté
un peu la Sainte Louise ; j’y ai participé par la pensée.


Un compliment à mes 2 fils pour leur rédaction que j’ai lue attentivement ; c’est un
utile exercice, et leur travail est bon, somme toute ; André a fait des progrès sur
ce point, bien que les observations de Jeanne soient parfaitement justes. Si l’on
tient compte de son âge, Minet s’est très bien tiré d’affaire.- Je profite de
l’occasion pour dire à André que je suis content de son programme de travail ; mais
qu’il ne dépasse pas la mesure fixée (1 heure par jour au maximum), car
les vacances doivent être




avant tout un repos et un plaisir.


Depuis aujourd’hui, les permissions sont de nouveaux supprimées pour toute notre
armée ; adieu veau, vache… On se reverra quand on pourra ; il faudra être patient,
patient ; Claudia peut chambarder sa basse-cour sans m’attendre.


Je confirme ce que je t’ecrivais avant-hier à notre sujet ; sauf qu’imprévu, nous
resterons tranquilles dans le coin bien calme que nous occupons ; mais nous payerons
cet avantage en restant très longtemps en ligne. Si, prochainement, tu entends
parler de notre front, rassure-toi bien : cela se passera à notre droite et surtout
à notre gauche ; nous aurons tout au plus des obus et du tapage, et ça on y est
habitué !


Et maintenant, ma Petite, comme il ne faut plus se faire d’illusions, penses à
préparer mon petit trousseau d’hiver : 4 paires de solides chaussettes de laine, mon
chandail, 2 caleçons en coton ou en laine larges et minces. Pour les caleçons, je
t’en ai apporté un neuf que tu peux me renvoyer, mais après avoir élargi
sérieusement la ceinture et le fond avec une étoffe quelconque ; de même, mon




autre caleçon à mailles peut servir après élargissement ; n’oublie pas les lacets
pour passer les bouts de bretelles, et d mes initiales sur tous ces
vêtements. Ton envoi vers le 15 8bre arrivera à temps, car
je suis mieux placé que l’an passé à pareille epoque ; te rappelles-tu comme on
avait froid l'an passé en fin septembre 1915 ? Tout de même, quand je t’ai
retourné tout cela, je croyais être bien sûr de ne pas le faire revenir au front ;
tant il est vrai qu’il ne faut jurer de rien !


Il paraît qu’à Bourges ça ne va pas tout seul au point de vue de l’approvisionnement
des 130.000 habitants ; les boulangers ne peuvent plus suffire à la tâche ; des gens
font la queue devant la Manutention militaire pour avoir du pain qu’on leur vend 0
F,70 la boule de 1.300 grammes. Espérons que ton boulanger pourra continuer à te
fournir ; occupe-t’en dès ton arrivée. Pour le charbon, ne perds pas de temps non
plus, et commande au moins une tonne si tu peux l’avoir ; tu sais que les prix sont
fantastiques.- Je me demande si tu ne ferais pas bien d’acheter un sac de pommes




de terre qui t’arriverait avec ton vin. Quant à ce vin, il faudra l’emmener en
feuillettes, la manutention d’un tonneau étant trop difficile à Bourges ; vois si tu
veux emmener une ou 2 feuillettes, une seule te suffirait peut-être. N’oublie pas le
marc : je serai un bon client à ma prochaine permission.


Et voilà q.q. précautions prises en vue de la mauvaise
saison


- 13 heures : le téléphone nous apporte la nouvelle que la Roumanie a déclaré la
guerre à l’Autriche ; si la nouvelle est confirmée, nous pourrons marquer ce jour
d’une pierre blanche. Ne cédons pas aux illusions faciles, pourtant il n’est pas
possible que la guerre n’en soit pas abrégée d’au moins 6 mois


Je te quitte sur cette impression réconfortante en t’envoyant mes tendresses et de
gros baisers pour toute la maisonnée.


Jean



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