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Transcription :


Samedi 26 Août 1916.


Ma petite Louise,


Je vais m’efforcer de répondre le plus exactement possible à ta lettre d’
reçue hier, et datée du 22.


1° chapître permissions ; leur durée et leur nombre sont
identiques dans notre division ; il ne devrait donc y avoir aucune différence entre
les officiers et la troupe, puisque les règlements n’en font pas ; mais pratiquement
c’est autre chose : depuis que le monde existe, ceux qui tiennent l’assiette
commencent par se servir. Au train dont vont les choses, je n’irai pas en
permission avant le mois de novembre ; à moins qu’une période de repos ne permette
d’accélérer le mouvement, mais ce repos n’est pas encore en vue.


2° chapître secteur ; le calme presque absolu persiste
chez nous, et aucun indice ne permet de supposer que cette situation puisse
bientôt se




gâter. Quant à savoir si nous y resterons longtemps, personne ne peut le dire ; il
court presque continuellement des bruits de départ qui ne méritent aucune créance.
J’inclinerais à penser que nous y sommes encore pour quelque temps, mais ce n’est
qu’une impression personnelle - Pour ce qui est des attaques plus ou moins
prochaines, personne ne sait rien, pas plus Varriot que les autres ; car on fait sur
certains points des préparatifs énormes en apparence, et qui ne sont en réalité que
des feintes destinées à tromper l’adversaire, à l’énerver, à l’obliger à disperser
ses forces. Mon sentiment très net très net est qu’il ne se passera rien
d’important sur la partie du front que nous occupons, et qu’il ne faut pas te
laisser abuser par certains noms de localités figurant dans les communiqués ; j’ai
mes raisons pour t’ecrire cela, mais tu admets très bien que je doive les garder
pour moi.


3° Pour Louise Charcosset, fais tout ce




que ton bon cœur te suggèrera, j’approuve d’avance ; tu peux sans inconvénient
dépasser la somme dont tu parles, et plutôt en argent qu’en nature, afin de laisser
toute latitude d’emploi à cette malheureuse Louise.


4° J’arrive à la non moins malheureuse Marinette, et je
suis un peu embarrassé pour te répondre avec précision. Je plaiderais très
volontiers sa cause soit auprès de l’Inspecteur d’Académie, soit auprès de
l’Inspecteur primaire, mais dépend-elle de la circonscription de Charolles ou de
celle de Châlons ? elle est au hameau de Joncy, mais quelle commune ?


Puis je ne les connais ni l’un ni l’autre, pas même de nom, et comme il est bien
probable qu’ils ont beaucoup de situations analogues à examiner, ma requête sera
vraisemblablement inutile ; d’autant plus que, à cette date, le mouvement est sans
doute fait ou arrêté.


Enfin est-elle intérimaire, suppléante ou stagiaire ? suivant qu’elle est l’une ou




l’autre, sa situation est très différente. Peux-tu me donner ces renseignements ? si
tu y tiens, j’ecrirai, quand ce ne serait que pour montrer à cette malheureuse
famille qu’on ne se désintéresse pas d’elle. Le mieux, à mon sens, serait
que Marinette demandât une audience à l’Inspr
d’Académie, et qu’elle se fît au besoin accompagner et
présenter par son père qui sera bientôt sur place ; malgré sa timidité, son
plaidoyer serait plus éloquent qu’aucun autre, et aurait plus de chances d’emporter
la décision. Tu ferais bien de lui en parler, et même d’insister ; mais, plus que
jamais, conseille lui de ne pas abandonner son emploi ; si, à la rentrée, elle ne
pouvait absolument pas le rejoindre son poste, elle devrait se
faire mettre en congé (avec ou sans traitement) pour raison de maladie : il ne lui
serait que trop facile de faire constater son état de santé par un certificat
médical.


5° Pour ce qui est de ta photographie, il est entendu, je
crois, que tu t’en occuperas dès la rentrée d’octobre ; s’il le faut, tu peux pour
ces diverses dépenses supplémentaires, disposer des 75 francs du boni Hatier.


[surplus en haut à gauche première page]


Voilà une lettre bien sérieuse, ma chère Petite ; mais elle te fixera sur la
plupart des points en suspens. - Fais ma tournée d’embrassades ; et à toi mes
tendres caresses.


Jean



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