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Transcription :


Jeudi 10 Août 1916.


Ma Louisette,


Ta lettre du 7 m’est arrivée hier, et m’a apporté une bien désagréable surprise au
sujet de Charcosset ; on a beau savoir que des centaines des nôtres tombent chaque
jour, on ne se figure jamais que ce sont les siens qui sont touchés, et on eprouve
presque la même surprise douloureuse qu’avant le fléau. Pauvre Louise, et pauvres
petits ! Où sont-ils en ce moment ? Tient-elle toujours son petit café à Cluny ?
Evidemment il faut essayer de lui rendre service, comme tu le dis ; comment et dans
quelle mesure ? je ne m’en rends pas compte à distance, tu es mieux placée que moi
pour juger ; il va de soi que tu as carte blanche. Ne ferais-tu pas bien d’informer
Berthe de suite, qui ne manquera pas de se poser la même question que toi et de
t’aider à la résoudre au mieux.


[Surplus]


Ci-inclus une lettre que "
"
m’avait communiquée et qui donne de la
guerre une physionomie bien particulière. - Je reçois à l’instant la très
intéressante lettre de Claudia, à qui je repondrai après-demain. Surtout merci à
Jeanne pour sa photo, qui m’a fait la plus agreable
surprise
.


Jean




J’en arrive à ce que tu m’as dit touchant les enfants ; il est bien dommage, en
effet, que nous ne puissions en parler autrement que par lettre, quelques instants
de conversation suffiraient à nous mettre d’accord sur l’essentiel.


- PourQuant à Maurice, je persiste à
croire qu’il sera mieux avec M. Bruneau pour les raisons que je t’ai dites, et aussi
pour celles que donne M. Lucquet (lettre incluse : excuse mon oubli)


En ce qui concerne le surmenage, Bruneau est trop bon papa pour ne pas le prévenir,
et j’aime beaucoup sa façon de faire la classe : sentiment très haut du devoir,
entrain très soutenu, surtout parole chaude et vigoureuse. C’est un véritable
avantage pour un enfant que d’être soumis à sa discipline. Quelques jours après la
rentrée, tu pourrais aller les voir, ta visite leur serait agréable, et tu le
prierais de ne pas le pousser et de bien veiller au danger de surmenage : il est
trop consciencieux pour oublier ta recommandation.


- Quant à André, la question est plus




complexe ; je vais écrire au Proviseur, peut-être me donnera-t-il des indications
utiles qui éclaireront notre décision. Mais je veux te dire tout de suite que je
verrais avec regret notre “grand“ s’orienter vers le professorat des lycées ; mes
raisons, les voici. L’examen final - l’agrégation- est extrêmement difficile ; pour
y réussir, il faut une santé et des moyens très au-dessus de la moyenne ; notre gars
possède-t-il ces 2 choses ? La 2eme surtout ? il est
plus sage d’en douter, et j’en doute de bonne foi. Si on reste professeur -
licencié, ce n’est qu’une situation subalterne ; si on décroche l’agrégation, les
avantages matériels de la situation ne sont pas du tout en rapport avec ce qu’elle a
coûté, et la meilleure preuve c’est que les meilleurs sujets quittent l’Université
pour faire du journalisme ou de la politique. Les préférences que tu as notées chez
ton fils tiennent surtout à son inexpérience : un enfant ne conçoit rien de mieux
que la situation de son père ou de son maître ; ça lui passera, quand il
à mesure qu’il ouvrira les yeux.



Dans l’industrie, la situation est autre ; d’abord il y a des ècoles pour toutes les
aptitudes, pour les moyennes surtout (genre Vallin, Varriot, etc) ; puis, les
examens passés, on est l’artisan de sa destinée, on se fait littéralement sa
situation, on se la taille à sa mesure. Tandis que dans l’Université, on avance
surtout automatiquement, on n’agit que peu sur le cours de sa carrière. Ne vaut-il
pas mieux lutter pour conquérir une vie large que se condamner à la sécurité dans la
médiocrité ? – Nous reprendrons la question.


Toujours le grand calme ici, tellement qu’on en vient à se demander ce qu’il présage
Hier soir, le silence etait absolu ; les gens moissonnaient à moins de 3 Km des
lignes ; un chiffre sera plus significatif que tout : en 9 jours de tranchées, le
Régt n’a perdu qu’un
seul homme, blessé. Mais à notre gauche -loin- c’est toujours le grand vacarme.


Votre installation paraît s’être bien faite, et "
"
votre
répartition dans les locaux sera excellente si elle laisse à chacun, à nos
Stéphanois surtout, leur pleine liberté de mouvements. Mais tu m’as l’air d’avoir
fui la direction et la responsabilité de la maison que va en penser Catherine ?



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