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Transcription :


Mardi 8 Août 1916.


Ma Louise,


Je t’ai écrit dimanche une lettre qu’il me tarde de voir t’arriver ; l’enveloppe
contient : une lettre d’Hatier, 1 exemplaire de notre acte de résiliation, 1
mandat-poste de 75 francs, 3 bons du Trésor de 500 francs chacun (2 sont à ton
ordre, 1 est au porteur). Si au reçu de cette lettre, tout le contenu de celle du 6
ne t’était pas parvenu, il faudrait m’écrire d’urgence. Naturellement j’avais
recommandé l’envoi ; j’ai employé ce moyen, faute d’un autre plus sûr : nous ne
pouvons pas envoyer de lettre chargée (encore une ânerie administrative.) D’ailleurs
le Payeur de la Division affirme que nos lettres recommandées ne courent aucun
risque ; si je l’avais pu, je t’aurais envoyé un mandat-carte ; enfin, il est
infiniment probable que tout arrivera à bon port.




Depuis, il ne s’est absolument rien passé ici ; hier je suis allé, pour affaire de
service, au P. C. (poste de commandement) du Colonel ; on y accède à bicyclette, à
cheval ou en voiture, sans aucune gêne ; tout y était parfaitement calme, et on y
mène une existence très tranquille. Il passe bien
q.q. obus d’ici de là ; mais si le premier ne
vous atteint pas, on se moque des autres. Le principal danger vient des avions ; par
ces journées et ces nuits très claires, ils ne quittent pas le ciel, et les
batteries s’en donnent sur eux à cœur-joie ; les éclats d’obus retombent, et parfois
des obus entiers non éclatés, écrasant tout ce qu’ils rencontrent ; aussi
s’abrite-t-on dare-dare dès qu’on aperçoit les petits flocons blancs au-dessus de sa
tête, mais si on est surpris à travers champs on la trouve mauvaise.


Les permissions sont reprises aujourd’hui dans notre Corps ; faut-il y voir une
preuve que l’offensive est terminée ici, ou n’est-ce que




le désir d’être agréable aux troupes désolées de ne plus revoir les leurs ? Je ne
sais au juste. Mais notre plaisir est fortement atténué par la très faible
proportion de permissionnaires : on en envoie 3% seulement de l’effectif ; à ce taux-là, il faudrait 33 départs de 10 jours chacun
pour que tout le Régt aille
en permission, c’est-à-dire presqu’un an ; mon tour de départ n’arriverait que dans
3 ou 4 mois ! Espérons que, plus tard, on recommencera à partir à 10% ; mais, de toute façon, il est improbable que je puisse
vous voir tous à Mazilly : c’est pour moi une grosse déception !


J’ai lu tes détails sur l’installation dans la vieille maison ; vous avez fait un bon
travail, et cela va te faire une nouvelle « chambre d’hôte », pas belle, mais
acceptable pour la campagne.- Je suis surpris que Marcelle
croiet
son mari en Champagne, tant de discrétion m’étonne ; son Régt est toujours où je t’ai dit, mais nous
n’en avons plus




de nouvelles depuis plusieurs semaines ; on ne sait au juste s’il a été engagé ou
s’il tient simplement la ligne ; le seul fait certain, c’est qu’il a reçu des obus,
et de gros. Nous sommes plus favorisés qu’eux, simple effet du hasard
d’ailleurs.


- J’ai attendu jusqu’à 3 heures avant de clore ma lettre ; le vaguemestre vient de
passer : rien pour moi ; ce sera pour demain.


Mes embrassades affectueuses à la ronde ; à toi mes tendresses.


Jean



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