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Transcription :


Lundi 31 juillet 1916.


Ma Louise,


Il me faut d’abord remercier mes deux fils pour leur lettre, longue et gentille,
pleine de petits détails qui m’intéressent beaucoup, parce qu’ils m’aident à suivre
par la pensée leurs heureuses vacances. Ils deviennent déjà redoutables pour les
goujons, et le total de leurs « prises » m’a un peu étonné, surtout celui de Maurice
; il est vrai qu’ils sont à bonne école.


André a bien fait de m’énumérer les titres de ses livres de prix, je les ignorais, et
il en est de fort intéressants je lui recommande tout particulièrement «le petit
chose», qui, outre son grand intérêt, est un chef-d’œuvre par le style : qu’il le
lise et le relise lentement, cela lui apprendra à écrire en bon et beau
français.


J’ai reçu hier la lettre de Louise datée du 28 ; elle blague un peu mes inquiétudes
au sujet de Maurice, et elle a raison puisqu’elles




étaient sans fondement ; puis elle y met le sourire, la gentillesse, et cela emporte
tout. Son récit a une saveur bien campagnarde, et les détails locaux ne sont pas
tout à fait insignifiants pour moi, car ils me rappellent le temps heureux - et
lointain ! - où j’en étais moi aussi de la fête. Patience, cela reviendra bien !


Je te transmets une réponse de M. Luquet ; je désirais savoir dans quelle classe
Maurice se trouverait à la rentrée prochaine si, comme c’est probable, nous le
laissons encore à l’Ecole primaire. La 2ème est dirigée par M. Marty, maître sérieux et dévoué, mais un peu
routinier ; la 1ère est dirigée par M. Bruneau en qui j’ai
toute confiance ; comme on me répond que Minet pourra suivre sans fatigue
excessive, je serai tout à fait tranquille à son sujet. Reste la question de lui
faire faire sa 7ème dès la rentrée ;
il n’aura que 9 ans, ses forces ne sont pas illimitées ; n’y serait-il pas un peu
surmené ? Puis il est infiniment probable que nous déménagerons au cours de la
prochaine année




Scolaire ; s’il entrait au lycée cette année, cela lui ferait 2 changements en une
année, chose qui est toujours préjudiciable aux progrès scolaires ; tandis qu’en
revenant rue Joyeuse -, il rentrera de plein pied dans son ancienne école, ne perdra
pas de temps, et n’aura finalement qu’un seul changement à subir. Qu’en penses-tu ?
Réfléchis, dis-moi ton sentiment, et nous prendrons une décision ensuite.


Quant à André, je suis plus mal à l’aise pour me faire une opinion. Faut-il lui faire
faire du grec ? En principe, j’y suis nettement opposé, puisque nous désirerions lui
voir choisir une carrière industrielle, et qu’il n’aurait que faire du grec ; plus
de sciences et de l’anglais lui seraient autrement utiles, et cela ouvre bien des
carrières. Sur ce point encore, dis-moi ta manière de voir et tes raisons ; au
besoin, tu peux en parler à André et tâcher de te rendre compte de ce qu’il préfère
(si toutefois il a une préférence).


- Nous levons l’ancre dans la soirée ; et comme le soleil est très chaud, nous allons
en suer une bonne pendant 3 ou 4 heures. Il est probable que je resterai de nouveau
à l’arrière ; mais nous ne reprenons pas le même secteur,
nsabbr> glissons un peu au sud où il ne se passe
rien depuis fort longtemps ; y allons-nous simplement pour tenir, ou pour préparer
quelques chose ? Je n’en sais absolument rien.


Après-demain de nouvelles impressions


Mes tendresses à ma petite maisonnée, que ma lettre trouvera sans doute seule.


Jean



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