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Transcription :


Bourges, le 10 Juillet 1916


Monsieur l’Inspecteur,


J’ai le plaisir de vous communiquer les notes de Maurice pour le mois de Juin.


Place : 3e sur 52 élèves – Total bien : 82,5 sur 100 p. ;
Moyenne : 8,2


Conduite - 9


Travail et devoirs - 9


Lecture - 6,5


Composition fr. 6


Orthographe 8


Ecriture - 6


Calcul - 8,5


Dessin - 6


Leçons - 8,5


Réponses orales - 10


Composition de sciences - 5


Total 82,5


La moyenne est très satisfaisante.




la note de calcul qui avait fléchi en Mai s’est bien relevée.


Je suis contente du travail qu’a fourni Maurice durant toute l’année, content de son
application, de son attention et de sa bonne humeur, content aussi de ses
progrès.


Il a eu le temps de faire les deux premières compositions de Juillet et s’en est fort
bien tiré : composition française : 6.5 (la plus forte note a été 7) ; - calcul :
8,5. Je lui souhaite maintenant de bonnes vacances qui lui permettent à la rentrée
de nouveaux et fructueux efforts.


La fin de l'année scolaire ne laissera guère aux autres élèves la possibilité d'un
travail soutenu. Cette semai Ma classe vaquera toute la semaine et une
partie de la semaine prochaine ; il y a eu aussi 1 jour de congé pour cette même
classe la semaine dernière, tout cela à cause des examens qui nous




prennent nos locaux. Les salles qui restent disponibles sont occupées à
tour
par les différentes classes, à tour de rôle, en donnant la
préférence, naturellement, à celle du certificat d'études. C'est ainsi que j'ai fait
aujourd'hui la 2e classe avec une partie de la 1e et j'ai pu constater que Maurice n'y aurait pas fait du tout mauvaise
figure.


Je ne sais si je pourrai vous voir à votre prochaine permission car les vôtres seront
probablement à la campagne et peut-être serai-je obligé de chercher asile quelque
part, à la mer ou ailleurs, pour la santé de Robert que l'air de Bourges anémie de
plus en plus.


Le spectacle qu’ offre les rues de notre vieille métropole, convient de moins en
moins à des enfants. Bourges a de plus en plus l’aspect d’une immense
maison publique fort mal tenue, d’un lupanar pour ivrognes. Il n’y manque plus
qu’une grand lanterne aux remparts et quelque colossal numéro.




Kabyles, Annamites et Serbes qui grouillent par nos rues vont en emporter de
singulières impressions sur la France. Une femme travaillant à la pyrotechnie a
exigé 200F d’un Kabyle qui la considérait ensuite comme sa
propriété. La friponne a failli payer de sa vie la bonne farce qu’elle avait joué au
Sidi.


Heureusement les nouvelles du front font oublier les turpitudes de l’intérieur.


La méthode lente mais sûre pour déloger l’ennemi est peut-être trouvée. L’espérance
se lit sur les visages remplace à la place de la morne résignation. La
fin du cauchemar viendra, sans doute plus tôt que nous le pensions, je le souhaite
pour vous et les vôtres, pour mon beau-frère qui malgré ces 45 ans est aux tranchées
de Soissons, pour tous les braves qui depuis tant de mois tiennent malgré les obus
et les intempéries.


Au revoir donc, Monsieur l’Inspecteur et veuillez agréer, avec mes meilleurs souhaits
de bonne santé et de prompt retour, l’expression de mes sentiments respectueux.


Lucquet



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