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Transcription :


Vendredi 7 Juillet 1916 ;


Ma Chérie,


Je reçois ta lettre datée du 5 courant, et je m’etonnes avec toi que tu ne reçoives
toujours pas ma correspondance, car je t’écris très régulièrement tous les 2 jours ;
c’est d’autant plus curieux que Mme Vaudoux, et d’autres, recommencent à avoir des
lettres ; mais il est probable qu’hier tu as du, toi aussi, lire de mes nouvelles et
même recevoir tout un lot de mes enveloppes. Je m’explique ton impatience et j’en
suis peiné pour toi ; mais ne te fais aucun souci, je t’ai promis de
te tenir exactement au courant de ce qui peut être dit, et je tiens parole. Et puis,
dis-toi bien que le même fait se reproduira pendant les prochains mois que durera
l’offensive ; sois patiente et imperturbablement optimiste : si tu savais comme je
« m’en fais peu », tu serais tentée de m’imiter.




Ce que tu me dis des succès des enfants continue à me faire grand plaisir, et je
partage ta joie à distribuer q.q. pièces
blanches ; ne leur fais pas encore mes compliments puisqu’ils vont m’écrire
eux-mêmes : je tâcherai de leur répondre. - Je constate avec un égal plaisir que tu
continues à te faire de jolies petites choses ; tant que tu conserveras le goût de
te parer un peu, je resterai tranquille quant à ton moral ; d’ailleurs, quand j’irai
en permission, il ne me sera pas du tout indifférent de t’embrasser un peu coquette.
Je parle de permission, mais je n’y compte plus avant longtemps ; elles restent
absolument supprimées dans tout notre groupe d’armées, et cela tant que les
circonstances n’auront pas changé ; je ne puis même pas affirmer que j’irai vous
voir à Mazilly, à moins d’une surprise heureuse. A tout prendre, il vaudrait mieux
qu’il n’y eût plus de permissions et qu’ont fût démobiliser vers la Toussaint ; si
l’offensive marchait bien, ce ne





serait pas impossible. Vivons dans cette espérance.


Rien de nouveau en ce qui me concerne ; je reste tranquillement à mon coin d’arrière
très calme et très paisible. Mais à certains indices que je ne puis te faire
connaître, je juge que la lutte va s’allumer chez nous et que les prochaines
nouvelles que vous lirez seront relatives à votre secteur. Une fois de plus,
rassure-toi bien, car ce n’est pas nous qui mènerons la danse : impossible de
préciser davantage mais tu me comprends fort bien. Nous nous attendons toujours à
« bouger », seulement je resterai avec l’arrière et n’avancerai qu’avec lui, sauf
ordre contraire, improbable d’ailleurs, et que je te
ferais connaître.


DNous sommes dans une période d’accalmie dans l’offensive, n’en
conclus pas qu’on se repose. Il se fait par ici un travail énorme que je voudrais
bien t’expliquer et qui bientôt portera ses fruits. J’ai vu hier des
« crapouillauteurs » qui avaient préparé l’assaut du premier village pris le 1er juillet et qui ont marché avec




la 1ère vague d’assaut ; ils sont merveilleux de courage et de
confiance ; ils sont stupéfaits de l’insignifiance de leurs pertes (2 tués et 2 ou 3
blessés pour toute une vague d’assaut), et enthousiasmés après avoir constaté de
viser lesqles
effets de leurs projectiles (torpilles). C’est un fait
très intéressant à retenir, puisqu’il est véridique. Autre
chose qui me donne confiance : nos attaques sont montées avec un soin et une
précision inconnue jusqu’ici, avec une abondance de matériel et un souci de ménager
l’infanterie qui nous étonnent nous-mêmes. Où cela nous mènera-t-il ? Personne ne le
sait ; pas d’enthousiasme ; pas de grand espoirs à échéance proche. Mais on peut
avoir confiance, une confiance sage et patiente. Malheureusement le temps est
redevenu et reste exécrable : orages continuels, boue, etc…


Ma lettre du 9te sera adressée à Bourges, et j’espère qu’elle te
parviendra avant ton départ. La suivante du 11, te rejoindra à Mazilly et sans doute
le 14. Te voilà fixée sur ce point. – Catherine m’écrit une lettre un peu inquiète
à mon sujet ; elle m’apprend que son mari n’aura pas de service de
vacances cette année, et qu’ils comptent te rejoindre à Mazilly du 4 au 6 août.



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