Affichage détaillé (Des lettres, des liens)


FRAD071_19160629_53J6_0697

Transcription :


Jeudi 29 juin 1916.


Ma Louise,


Les journées continuent à s’écouler assez monotones ; il fait toujours mauvais, ce
matin on aurait presque froid : quelle ironie de penser qu’on arrive au mois le plus
chaud de l’année ! Nous avons quelques petites émotions de la guerre, mais il
ne faut pas en indiquer les causes ni les détails, et d’ailleurs je n’y suis pas
directement mêlé. Pourtant je puis te dire que la nuit qui s’achève à été très
agitée dans nos tranchées, et que peu se sont couchés ; depuis 2 jours, la
canonnade ne cesse pour ainsi dire plus, même chez nous ; les oreilles sont excédées
de ce tapage, et si la nuit on s’éveille on ne se rendort que difficilement ; je dis
cela pour les autres, car je roupille comme un loir.


En dehors des soucis particuliers à notre secteur, nous participons aux soucis que
fait naître la grande offensive, que toute la presse s’accorde à faire prévoir comme
très proche, et que mes petites




observations confirment aussi. Je ne sais ce qu’on en pense à l’intérieur, et si on
adopte l’optimisme des journaux ; sur le front, on est plus sceptique, et peu
croient à un grand succès ; les plus osés vont jusqu’à espérer que le front ennemi
pourra être refoulé, mais non percé, et encore moins écrasé ; nous n’avons pas les
immenses réserves russes, et ce ne sont pas des Autrichiens qui nous font
vis-à-vis : défions-nous des fausses analogies ! Pourtant il faut ajouter, pour être
juste, que les préparatifs sont formidables, et qui à q.q. Kilomètres de la ligne de feu on a exécuté et
on achève un travail colossal ; nous ne voyons, de nos yeux que peu de chose, car
nous sommes presque isolés du monde ; mais les témoignages qui arrivent de ci de là
ne laissent aucun doute à ce sujet.


Mon sac est épuisé ; curieuse époque : quand on a parlé de la guerre, on a épuisé
les sujets de conversation, plus rien ne compte.- Faut-il te redire que mon lot
reste relativement très bon, et que la chance continue à nous




sourire ? Cette répétition n’est pas inutile pour toi, mais ne te semblera-t-elle pas
égoïste à la longue ?


Je vous embrasse tous tendrement.


Jean



Aucun commentaire