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Transcription :


Mardi 27 Juin 1916.


Ma Louisette,


Depuis avant-hier, il ne s’est pas passé ici beaucoup plus de nouveau que chez toi ;
quoique bien différente, notre vie est également uniforme, et nos sentiments à peu
près semblables. Comme toi, je voudrais être plus vieux de quelques mois afin de
savoir le résultat de la prochaine offensive, et de prévoir le retour dans nos
foyers. En attendant, il faut durer patiemment. Je parle d’offensive proche, parce
que notre presse l’annonce ouvertement et que, pour un peu plus, elle en indiquerait
le jour et les points choisis ; le Matin d’hier etait bien significatif avec ses
passage échopés ; le communiqué Britannique d’hier était plus significatif encore,
en annonçant une violente canonnade sur tout le front : le grand Air de démolition
serait-il vraiment commencé ? – Dans mon coin, je n’aperçois aucun symptôme
inquiétant ; mais comme nous avons reçu de nouveaux ordres très rigoureux relatifs à
notre correspondance, ne sois




pas surprise que je sois bref et très réservé sur ce sujet.Je puis cependant te
répéter mon impression, c’est que notre secteur sera relativement calme et que les
risques y seront très limités.


Le temps est redevenu franchement mauvais, ce qui ne facilite pas les préparatifs et
ne met pas en gaieté. Pourtant le moral est bon, en particulier et en général ; je
le trouve plus décidé qu’à une certaine époque ; l’état d’esprit moyen des poilus
pourrait se résumer ainsi : .essayons d’en finir. Leur vie n’est pas rose en ce
moment : ils travaillent énormément ; à quoi ? c’est notre secret, pour le moment au
moins.


Je reste fort bien portant ; et quoiqu’on se couche complètement habillé, le casque
et le masque sous la main, je dors comme un loir : c’est à peine si j’entends les
rafales de notre artillerie. Notre ordinaire reste acceptable ; j’ai peu de besogne,
et reste complètement maître de moi : c’est précieux !


Ta lettre de dimanche m’arrive à l’instant, elle n’a mis que 2 petites journées ;
mais


je me demande si les miennes voyagent aussi vite ; j’en doute, car la censure doit en
retarder




beaucoup ; vérifie un peu, et tu m’en reparleras. La tienne m’a été remise à peine
cachetée : est-ce un hasard ?- Tu ne m’apportes rien de nouveau, que la confirmation
du mauvais temps général ; est-il assez navrant ce temps de juin ? Vous avez bien
fait de marquer la St Jean, et je suis doublement content que ce
soit mes enfants qui y aient pensé : ils ont ainsi pensé un peu plus à moi. Nous
n’avons pu en faire autant, faute de moyens ; maintenant que les derniers civils
sont partis, on ne peut rien acheter, même à prix d’or ; seul le camion Damoy nous
rend visite de temps à autre et débite à des prix relativement avantageux. Ce que
nous avons de mieux, en fait de nourriture, ce sont des pommes de terre nouvelles de
Bretagne : en salade ou en frites, elles sont excellentes ; notre ration de sucre et
de café est redevenue plus que suffisante, toujours on passe d’un extrême à l’autre.
En somme, rien d’essentiel ne nous manque, et je ne demande rien.


Je te raconte là de pauvres choses, mais




faute de mieux, et il n’y faut voir que mon désir de causer un moment avec toi et
d’apporter une distraction dans tes heures monotones.


Mes plus tendres bisettes à tous.


Jean



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