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La famille Déléage

Affichage détaillé (Des lettres, des liens)


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Transcription :


Jeudi 15 Juin 1916.


Ma Chérie,


Cette lettre va être bien attendue par ma petite Lou, car je suis en retard d’un jour
au moins. C’est que nous etions en plein déplacement, et que nos journées etaient
plus que remplies.


Pendant ces 2 dernières journées, nous avons refait connaissance avec la reine du
jour, la déesse Misère : mardi 25 Km par un temps détestable, mercredi 32 Km par un
temps à peu près semblable. Les pieds me faisaient un mal de chien, mais ce matin,
après une bonne nuit de sommeil, cela va beaucoup mieux ; mardi soir on ne savait où
coucher, je me suis allongé sur un plancher et j’ai y dormi délicieusement ; le
matin seulement je me suis aperçu que j’avais la hanche talée. Aujourd’hui




repos jusqu’à ce soir.


Nous sommes à 3 ou 4 Km des lignes où nous entrerons cette nuit ;
ns avons été très agreablement surpris en
constatant qu’aucune maison n’est touchée par les obus, le secteur est donc
extraordinairement calme. Les troupes que nous relevons etaient ici depuis 19 mois
et n’y ont pas perdu en tout ce temps plus de 20 hommes par Cie, c’est moins que nous n’avons perdu
pendant nos 20 3 mois de Belgique. Il semble donc qu’une fois encore nous
avons de la chance, et que ns ns en tirerons
sans grand dommage ; en tout cas nous remplaçons des gens navrés de partir.


On dit que le secteur est admirablement organisé au point de vue de la commodité et
de la securité ; je te conterai cela demain ou après-demain, car
ns y montons cette nuit. Personnellement,
mon sort n’est pas encore fixé, mais il est




probable que je suivrai le Colonel, et d’ailleurs j’y serai aussi bien qu’ici où il
n’y a pas un seul civil : toutes les communes de la zône de feu sont complètement
evacuées, nous sommes partout maîtres et seigneurs


Ce matin je vais très bien, la fatigue est à peu près passée, et d’ailleurs j’ai
voyagé sans aucune charge. J’ai vu Vaucloux qui m’a remis ta bonne lettre, aussi
grise que le temps, et qui m’a donné de vos nouvelles. Il t’a vue en bonne santé
ainsi que les enfants ; ceux-ci classaient des plantes et etaient, dit-il,
extrêmement sérieux ; André lui a paru très fort.


A demain une lettre plus longue et des indications plus précises.


Je t’embrasse bien tendrement ainsi que mes chers gars.


Jean



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