Affichage détaillé (Des lettres, des liens)


FRAD071_19160615_53J6_0656

Transcription :


Bourges le 15 juin 16


9 heures


Mon Jean,


Ta lettre du 9 ne m’est arrivée qu’hier 14, elle a donc subi un retard
assez sérieux. Serait-ce l’annonce de quelques evénement ! On le désire
autant qu’on le redoute et tout concorde pour le faire prévoir.


On vide à nouveau les hôpitaux et déjà paraît-il les blessés
commenceraient d’arriver. Mon Dieu ! que les mois qui vont suivre me
paraissent lourds à l’avance. Il semble que l’heure soit venue des événements
peut-être décisifs. Il faut l’espérer cela donnera du courage pour traverser les
moments difficiles. Comme je voudrais savoir




ce que l’on va faire de vous.


La deuxième hypothèse que tu émettais dans ta lettre semblait en
effet, pour nous. personnellement, la meilleure, mais que d’inquiétudes
j’aurais encore s’il me fallaitaut te savoir dans un
secteur où le bombardement soit aussi effarant et se prolonge autant qu’à Verdun.
Enfin c’est bien le moment de ne pas perdre confiance et pour traverser ces jours
d’inquiétude, j’aurai la chance d’être entourée de tous les trois qui sauront
entretenir n la confiance si nécessaire pour franchir de certaines dures
étapes. Et je me dirai que ton lot est infiniment moins dangereux qu’il ne l’aurait
été si ces grands coups s’étaient entrepris tandis que tu tenais les premières
lignes.- Tu auras pensé à bien garnir tes musettes avant de partir afin de pouvoir
parer à un manque




de ravitaillement toujours possible à de certains moments, s’il te
manquait quelque chose ou si tu avais envie de quelque objet, tu sais que
sc’est un bonheur pour moi de te l’envoyer.


J’ai reçu hier les lettres de Catherine et de Claudia, c’est donc
chose entendue, ils re accepteront tous et très volontiers,
je crois, l’hospitalité de Mazilly. Andre Terra fait confectionner de grands sacs
pour pouvoir partir des journées entières, notre André se croit
>déjà transporté en pleine vie d’aventures qui pourront pour mon
compte, me laisser bien tranquille, car avec la direction de Jean-Baptiste il n’y
aura rien à craindre.


Durant cette dernière huitaine l’ennui m’avait regagné ! il est vrai
que c’était pour moi une periode de fatigue suivie de
muuigraine. Mais tout est passé maintenant




et je vais secouer ma torpeur. D’ailleurs ce mois ne sera peut-être
pas trop long pour les préparatifs de départ.- Je suis décidée à repartir de nuit
ainsi que nous l’avons fait ensemble à Pâques. J’y gagnerai une sixdizaine de francs ;
premièrement l’économie du repas de Moulins, puis notre voiture
de Beaubery à St Bonnet puisque le train
correspond au train du matin. Et en cette saison cela n’a rien qui puisse
épouvanter, ce sera donc le 15 au soir que nous prendrons notre vol à moins que je
ne change encore d’avis.


Soir 7 heures. Nous venons de faire une
excellente promenade champêtre, tandis que je confectionnais un petit chausson dans
les ombrages calmes et frais de St
Doulcha les Enfants ont herborisé ferme, André surtout car Maurice m’a
tenu gentiment compagnie pendant une grande partie de la soirée.


La moisson est ample et ce soir grâce à la prolongation du jour on va
après diner analyser sans relâche.


Baisers bien tendres.


Louise



Aucun commentaire