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Transcription :


Dimanche 11 juin


Ma petite Louise,


Pentecôte, jour férrié même pour les troupes ; on s’est levé un plus tard
que de coutume, on a fait une toilette soignée, si bien que tu ne me donnerais (à
distance) guère que 35 ans. Il y a messe pour les morts de juin 1915 qui furent
nombreux au 285ème, le Colonel y assiste, et pendant ce temps je
n’ai rien à faire. Quelle meilleure occasion que d’écrire à ma "dadame" ?
elle aussi, sans doute, mets ses beaux atours pour conduire son fils au vieil office
traditionnel ; mais s’il fait là-bas le même temps maussade et frais que nous avons,
sa journée sera aussi aussi monotone que la mienne ; pourra-t-elle
seulement se promener ? aura-t-elle une visite à faire ou à recevoir ? je le lui
souhaite de tout cœur, et le soir entre 5 et 6 elle m’écrira ; plus que jamais les
lettres sont les bienvenues, non pas que je m’ennuie d’une façon aigüe, mais notre
vie




au repos est tout-à-fait vide d’évènements et d’émotions ; aussi le f vaguemestre
est-il impatiemment
attendu, et en le voyant apparaître on se demande de qui pourrait bien venir une
chère missive ; j’ajoute que depuis q.q.expan> temps, je suis un
peu gâté de tous côtés, et que je reçois plus que je ne donne.


Ici je marque un long point de suspension : je viens de recevoir la visite de Varriot
répondant à mon invitation ; il va très bien, me donne d’excellentes nouvelles de
chez lui, et compte repartir en permission le 16 courant (il était parti le 16 mars)
après un intervalle d’à peine 3 mois : le veinard ! Il est heureux de sa citation,
tout en reconnaissant qu’il ne s’est rien couté pour la gagner : encore la veine ! Il m’a appris que
son beau-père était navré d’avoir vendu son vin trop tôt, que sa Marcelle n’était
pas trop déprimée ; que son beau-frère Griveau avait du faire un séjour à l’hôpital
de Belfort mais qu’il était bien maintenant.


Il m’a donné un nouveau tuyau, mais sans garantie d.G [abréviation][d.G]. Nous irions,
dans une




semaine environ prendre un secteur au sud de la Somme, dans le Santerre
(region de Chaulnes), pense-t-il ; il semble bien que son tuyau pourrait être le bon
et que demain il y aura du nouveau.


La journée s’achève bien, sans accroc après une bonne promenade à Crèvecoeur : il
était temps de visiter ce vieux bourg historique et coquet, car je n’y repasserai
peut-être jamais plus. J’ai retrouvé Poupat avec un réel plaisir, il m’a appris
quantité de petits faits intéressants de desordre, de gabegie, de
"je-m’en-foutisme" ; il se trouve bien maintenant dans son nouveau service.


Tes 2 dernières lettres m’ont rappelé plusieurs choses que j’avais perdues de vue,
entre autres ton bilan qui n’est pas mauvais du tout.


A demain des nouvelles plus précises et adieu au calme.


Toutes mes embrassades bien tendres.


Déléage



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