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Transcription :


Vendredi 9 juin 1916.


Ma petite Amie,


J’ai reçu hier la musette demandée ; je te remercie tout de suite de l’empressement
que tu as mis dans ton envoi et de ton souci de faire le mieux possible. Elle est
grande, solide et pratique ; avec une petite modification qu’on va y exécuter, elle
sera, je crois, parfaite : on va coudre tout autour la courroie trop étroite pour
porter sans couper ; et pour porter on en mettra une large d’au moins 2 doigts. Et
voilà une question de détail réglée.


Ta petite lettre du 8 est arrivée en même temps ; le service postal est maintenant
très rapide, au moins tant que nous sommes à l’arrière. Mon Minet est satisfait de
son porte-plume j’en suis content aussi. La visite de Mr. et de
Mme Vaudoux t’a fait passer un bon moment ; tant mieux, ce
sont des gens agréables, et puis


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il n’en sort rien, et je n’en attends rien.


Là-dessus, je t’envoie, pour toi et mes fils, mes plus tendres caresses.


Jean


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Ci-inclus une lettre de M. Lucquet qui m’arrive à l’instant.




cela rompt un peu la monotonie de tes journées. Il n’y a plus guère qu’un mois avant
de prendre votre valise pour Mazilly : veinards que vous êtes ! Les Terra m’ont
écrit longuement ; leur projet de t’y rejoindre est bien arrêté, il n’y a plus que
la question de date qui reste en suspend, vous la règlerez ensemble en temps
opportun.


Ici, rien de saillant. Le temps est détraqué depuis
q.q. jours : pluie et coups de soleil se
succèdent, avec un abaissement très marqué de la température ; en somme on est très
bien. L’ordinaire s’améliore, les promesses faites à ce sujet commencent à se
réaliser ; et les gars disent qu’on les soigne comme si on allait leur demander un
grand effort. Notre séjour ici touche, vraisemblablement, vers sa fin ; où
irons-nous ? nous l’ignorons complètement ; prendrons -nous un secteur ou
serons-nous en réserve ou en soutien de quelque armée ? l’un et l’autre sont
possibles. On parle beaucoup moins de nous envoyer à Verdun, et je commence à être
convaincu que nous n’irons pas. - Tu as certainement remarqué




que les journaux font très clairement allusion à une prochaine offensive anglaise ;
le bruit court ici avec q.q. insistance que notre division
servirait de réserve à quelque corps anglais : celui-ci donnerait
l’assaut dans un secteur allemand, pousserait le plus loin possible dans les lignes
ennemies ; puis quand le moment des contre-attaques boches serait arrivé, nous
prendrions la place des Anglais qui, l’expérience l’a prouvé surabondamment, sont
excellents dans l’attaque mais médiocres dans la défense. Voilà le tuyau du jour, je
te le donne pour ce qu’il vaut ; mais si c’était vrai, notre lot ne serait pas
tellement mauvais, mieux vaut cela que de faire nous-mêmes l’assaut (et surtout pour
moi, qui resterais dans l’abri du Colonel, en mettant les choses au pire).


En attendant cette échéance, qui me laisse très froid, on envoie après-demain un
nouveau contingent de 10 % de permissionnaires ; pour peu que cela continue ainsi
pendant quelques




semaines, mon tour pourrait bien venir en aôut ainsi que je te le disais. - Varriot
vient d’être cité à l’Ordre de la Division, ainsi que tous les Officiers et
sous-officiers qui étaient avec lui en Belgique pour faire exécuter des travaux dans
notre ancien secteur ; j’en suis content pour lui et vais le lui écrire ; mais
beaucoup trouvent que leur sort était bien meilleur que celui des camarades qui
tenaient la tranchée et qui n’ont rien obtenu : question de veine, affaire de se
trouver à la bonne place, sous les yeux des chefs ! Moi, je m’en …


- L’impôt sur le revenu et l’impôt sur les bénéfices de guerre sont les bienvenus
pour certains : on rappelle en effet des fonctionnaires des Directes, même très
jeunes et même des officiers ; cela fait grincer ceux qui restent, et on trouve non
sans raison que certaines catégories de fonctionnaires sont bien favorisées. En
effet, tous les ministères rappellent peu à peu leurs agents sous prétexte de
nécessités de service ; il n’y a que le nôtre qui reste coït ; visiblement l’esprit
des dirigeants nous est hostile et ils ne lèveraient pas le petit doigt pour nous.
Le Matin a bien essayé une tentative en notre faveur, mais



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