Affichage détaillé (Des lettres, des liens)


FRAD071_19160606_53J6_0637

Transcription :


Mardi 6 Juin 1916.


Ma Louisette,


J’ai reçu hier votre lettre collective du 1er et du 2. Voilà donc
ton affaire de logement liquidée une fois de plus, et tu as pu faire faire le plus
gros du nettoyage par l’ordonnance et ta femme de ménage, sans y mettre trop la
main ; c’est très bien. Tu as découvert les ouvrages nécessaires à André, et tu me
dis que ça n’a pas été une mince corvée : je te crois. Enfin tu te remets à tes
petits travaux de filets, autant pour embellir notre home  que pour tuer le
temps ; c’est une bonne idée. Et je t’approuve encore d’avantage de faire de bonnes
promenades champêtres en compagnie d’un livre. Ainsi je me représente très bien ta
petite vie calme, sinon heureuse.


Quant à mes enfants, je suis, dans l’ensemble satisfait de leurs notes de classe ;
Maurice a baissé un peu, sans doute à cause de ses longues vacances,




et je ne lui en fais pas un reproche s’il me promet d’être extrêmement attentif jusqu’au 14 juillet. André a obtenu un très bon
classement en allemand, je l’en félicite cordialement ; toutes ses notes de leçons
sont très bonnes, la plupart de celles de devoirs sont satisfaisantes ; en somme,
malgré des « accrocs » récents, je tiens à lui dire que l’ensemble de son travail me
donne pleinement satisfaction ; il n’a qu’à continuer ainsi (les accrocs non
compris), pour me faire grand plaisir. Dans leurla
lettre de mes
enfants
, il y a pourtant une chose que j’aurais aimé à trouver ; c’est
quelques mots sur leur conduite à la maison, sur leur docilité à l’égard de leur
maman ; est-ce un oubli, ou n’avaient-ils rien de bon à me dire ?


Mon sergent-major rentre de permission et rapporte de l’intérieur des impressions
fâcheuses ; on y sait ce qui se passe à l’armée mieux que nous ; on lui a parlé de
grandes attaques pour le 15 courant et pour un peu plus on lui aurait indiqué les
Nosdes Corps qui y prendraient part. Il doit y avoir
là-dedans une bonne part de cancans, mais il est surprenant que les civils soient
ainsi




renseignés sur des choses qui ne les regardent pas. De leur côté, les journaux
laissent entendre que des actions offensives seraient imminentes dans les Flandres
ou la Picardie ; j’avoue n’y pas croire beaucoup, il ne pourrait guère s’agir que
des coups d’importance locale destinés à dégager Verdun et le Trentin.- Que
deviendrons dans toutes ces histoires-là ? Je n’en ai pas la moindre idée, et ne
puis m’en faire aucune faute de renseignements sérieux.


En attendant les évènements proches ou lointains, qui pourraient
ns toucher directement, notre vie reste la
même : assez occupée et très paysanne. Beaucoup de manœuvres et de papiers, d’où,
pour certains, une mauvaise humeur croissante ; on en a vu d’autres !


Je dors fort bien et me porte toujours comme tu sais. Je t’en souhaite autant.


Mes baisers bien tendres à tous.


Jean



Aucun commentaire