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Transcription :


Dimanche 4 Juin 1916.


Ma Louisette,


J’ai reçu hier ta lettre du 31 Mai, et je n’ai pas grand chose à répondre, puisque
mes précédentes lettres t’ont déjà entretenue de la plupart des questions que tu
traites. Tu sais, entre autre chose, où nous sommes et qu’il n’y a aucunement lieu
de t’inquiéter : évidemment ça ne vaut pas la plage, mais ça vaut infiniment mieux
que la tranchée et nous nous contentons de notre sort actuel. Quant à l’avenir,
c’est l’inconnu le plus absolu.


Tu me dis que mes réflexions sur la guerre t’ont plongée dans le marasme : je vais
donc les regretter. D’ailleurs l’opinion se fait jour peu à peu que la bataille de
Verdun, à cause de sa durée et de son extrême violence, pourrait bien être la grande
lutte finale, s’il est vrai que les Boches y engagent toutes leurs réserves en




hommes et en matériel, et que celui qui cèdera sur ce point sera définitivement le
vaincu. Il y a certainement une part de vérité dans cette manière de voir ; mais je
crois qu’il ne faut pas, une fois de plus, s’abuser ; il me paraît impossible que la
guerre finisse avant que les Anglais et les Russes aient tenté leur grand effort, et
que l’armée de Salonique ait tenté q.q.
chose. Ce n’est qu’après, peut-être avant l’hiver, qu’on pourra se décider à causer.
Quant à notre armée, beaucoup se demandent si elle sera en état de reprendre
l’offensive, après la saignée qu’elle subit devant Verdun ; impossible, faute de
renseignements précis, de se faire une opinion raisonnée sur ce point ; mais il
semble bien que ns ne serons pas en forces pour mener
l’offensive principale.


Au sujet de tes bicots, inutile de m’en envoyer avant que je ne t’en redemande :
Claudia a pris cette charge et s’en acquitte plus que bien.




Tu me parles de tes opérations financières ; sais-tu que j’ignore complètement où tu
en es ? il n’y a pourtant pas si longtemps que je t’ai quittée ; serait-ce que ma
mémoire fait comme le café de Louis XV ? Je recevrai avec plaisir les renseignements
que tu m’annonces.


Ci-inclus la lettre de Jeanne que je t’annonçais avant-hier ; je suis si souvent
dérangé en t’écrivant que ma prose est parfois fort décousue et que finalement je
perds de vue ce que je disais au début. Excuses !


Vaudoux est parti hier en permission ; il ira sans doute te dire bonjour et te porter
de mes nouvelles.


Tendres baisers à mes trois chéris.


Jean



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