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Transcription :

Vendredi, 2 Juin 1916.

Ma chérie,

J’ai reçu hier ta lettre datée du 27 mai, ainsi que le colis qu’elle annonçait ; au contraire ta lettre du 29 n’est arrivée le 31 du même mois ; c’est que la première est allée faire le tour par Dunkerque, tandis que la deuxième m’a touché directement. Ton envoi de langue est arrivé en parfait état ; il a servi à faire l’entrée de notre déjeûner d’hier et on l’a trouvé exquis : donc tous mes remerciements, ainsi que ceux de la tablée. Tes chaussettes sont également arrivées, elles sont très bonnes, et me voilà muni pour une couple de mois probablement. J’envoie à Maurice le porte-plume annoncé : il est l’œuvre de M. Cabart qui l’offre en souvenir à son gentil écolier.


J’ai grande envie de te taper à nouveau. Voilà : mes 2 musettes sont très usées et sâles, surtout les attaches sont devenues des cordes qui coupent les épaules ; je ne pourrais les remplacer que par de



pauvres musettes qu’on distribue en ce moment et qui présenteraient le même inconvénient majeur que celles que j’ai. Aussi aimerais-je en avoir une solide et pratique, que tu trouverais peut-être aux Galeries ; elle serait : de couleur grise ou kaki, de forme indifférente, de taille moyenne ; mais surtout : elle se fermerait dans le bas (autant que possible) avec 2 petites courroies passant dans une boucle d’acier ; elle se porterait avec une courroie en cuir un peu large, faisant le tour de la musette (au lieu d’être cousue sur les bords supérieurs : car ce n’est jamais solide). En somme, ce serait à peu près la forme et la façon de mon sac à pêche, mais plus grand et surtout plus solide. Tels sont mes désidérata, je te les présente bien gentiment, presque humblement ; il faut bien que je fasse des bassesses, maintenant que tu es tout à la fois mon « gouvernement » et mon grand argentier. Si ta bourse n’est pas trop plate, et si tu peux découvrir l’objet, envoie-le moi de suite par la poste, afin que je



l’utilise lors de notre prochain déplacement (entre le 11 et le 15, semble-t-il). Et tu sais, je te « dédommagerai » largement lors de ma prochaine permission. – Ai-je bien présenté ma requête ? – J’y ai pensé trop tard, car j’aurais très bien trouvé cela à Dunkerque ; tandis que maintenant il me faudrait aller à Beauvais (20 km) et très probablement je ne le pourrai pas.

Ce que tu me dis de l’indiscipline des enfants n’est pas pour me surprendre, car dans nos régions du nord les gamins en arrivent à organiser de vrais grèves d’ecoliers ; tout de même les faits qui se sont passés à Bourges sont un peu roides ; j’espère que nos 2 gars sont très loin de cet état de révolte, et qu’en dehors des petites sottises quotidiennes il ne se passe rien de grave à la maison ; sinon il faudrait me le dire nettement, et crois bien que je sévirais même à distance.

Hier nous avons eu musique, en raison de la fête ; l’auditoire se composait de militaires et



De q.q. paysannes pauvrement endimanchées ;
nous sommes restées au bureau toute la soirée, les papier ne pouvant attendre. Les permissions, à raison de 10 %, recommencent ; si cela durait j’en serais dans le courant d’août, mais très vraisemblablement il y aura des interruptions. – Jeanne m’a écrit une longue lettre, et elle m’apprend des choses bien surprenantes sur l’Ecole de Fontenay ; elle se réjouit d’aller à Mazilly ; réflexion faite, je t’envoie sa lettre qui t’intéressera. Claudia m’a envoyé un colis de « bicots » qui ont pris place sur la table commune (sauf 3 que j’ai rangés dans ma musette) et un flacon d’alcool de menthe que j’ai gardé maintenant que les chaleurs sont revenues ; tu vois qu’elle ne m’oublie pas non plus.

Toutes mes caresses les plus câlines à ma petite Lou et à mes chers gars.

Jean


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