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Transcription :


Vendredi 12 Mai


Ma Louisette,


Je n’ai qu’un mot à répondre à ta lettre du 8, arrivée hier, 11 ; notons en passant
que le service postal est redevenu plus rapide et plus régulier.


Tu as grandement raison de refuser la quittance de mon Association ; le trésorier ne
l’a sans doute envoyée que parce qu’il me croyait encore en fonctions. J’enverrai un
mot si tu peux me donner l’adresse soit du président, soit du trésorier ; sinon je
n’y penserai plus jusqu’au retour.


Tu as exactement répondu à toutes mes questions de détail : Mazilly, cave, voyage,
etc… Je te dis que tu deviens une « chéfesse » de maison épatante. Tu n’as oublié
qu’un point peu important : a-t-on pu enduire nos petits arbres de chaux ?


Le récit de ta journée de dimanche laisse l’impression nette de ce que peuvent
être




les loisirs d’une femme de mobilisé : elle n’échappe à l’ennui qu’en s’occupant
continuellement. Ma journée n’a pas été plus intéressante que la tienne et si je
n’avais des femmes revenir de la messe, je n’aurai même pas eu l’idée qu’il pouvait
être dimanche.


Tu me dis encore que notre prochain repos t’inquiète un peu, en raison de la
destination inconnue et peut-être dangereuse qu’on nous donnera ensuite. N’essayons
pas de prévoir : c’est à la fois impossible et superflu ; le présent et l’avenir le
plus immédiat sont acceptables : jouissons-en. D’ailleurs, rien ne dit que nous ne
reviendrons pas occuper le même secteur après notre repos.- Enfin, et surtout, je ne
crois pas à une très prochaine offensive des Alliés ; les journaux laissent assez
clairement entendre que ni les Anglais ni les Russes ne sont prêts à engager tous
leurs moyens, et ils ne se mettront en mouvement que lorsque cette condition sera
remplie ; en outre l’interminable bataille de Verdun doit sérieusement entamer nos
réserves d’hommes et notre stock de projectiles,




et il faudra du temps pour les reconstituer au moins partiellement. Je serais tenté
de croire que cette grande offensive pourrait bien être ajournée en août ; ce n’est,
et ce n’est ne peut être, qu’une impression, puisque je ne possède aucun
renseignement précis ; mais elle est partagée déjà par pas mal de gens du front.


Me voici seul au bureau depuis hier ; mon second est parti en permission, et celui
qui devait venir ici le remplacer provisoirement a été traversé par une balle au
moment où il se mettait en route (il est vrai qu’il se trouvait en un point
particulièrement dangereux). On l’a evacué hier, et voilà bien la guerre !


Rien de nouveau, sinon que le calme continue, par temps couvert et doux.


Les enfants sont-ils à peu près sages ? travaillent-ils bien ? sortent-ils le plus
possible ? Faites vous bon ménage ?


Allons, au prochain courrier ; et en attendant toutes mes tendresses à la chère
maisonnée.


Ton Jean



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