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Transcription :


Lundi, 8 mai 1916.


Ma Chérie,


Nous y sommes de nouveau, car le roulement a lieu maintenant par période de 8 jours.
Je retrouve la maison que où j’étais précédemment, où il n’existe
aucun danger ; il est fort probable que je vais passer une semaine tranquille et
relativement heureuse.


J’ai reçu hier ta lettre datée du 3 ; comme tu le dis, il est fâcheux que mes lettres continuent à te courir
après, car les nouvelles sont toujours les bienvenues, même si elles n’apportent
aucune nouvelle. Ce que tu m’apprends des Villetard est assez surprenant, et comme
toi je compatis à leur ennui (puisqu’ennui il y a), mais comment ce petit grison
a-t-il pu avoir « une






faiblesse de reine » ? (c’est de l’argot militaire que je t’apprends là) Et surtout
pourquoi Mme Gauguin est-elle plus ennuyée que sa fille ? je comprends mal, à moins
que l’incertitude de l’avenir soit la principale cause de leur ennui. Pourtant, même
à ce point de vue, il me semble que leurs appréhensions sont excessives : Villetard
ne verra sans doute jamais le feu. – Enfin, fais-leur mes meilleures amitiés.


Ici le temps paraît se gâter ; le vent souffle très violent et assez froid, amenant
de grosses averses ; le soleil ne rit qu’entre 2 nuages et rarement. Pourtant les
chemins ne sont pas encore boueux et les tranchées se sont asséchées. Et puis
ns aurons une compensation : par mauvais
temps, l’artillerie donne peu ; il y a, à cela, au mois 2 raisons : la première est
que le vent violent dévie sensiblement les projectiles, la seconde réside dans la
quasi impossibilité de régler le tir par avions. Or ceux-ci jouent de plus en plus
un rôle prépondérant dans les tirs actuels qui






se font toujours sur des objectifs bien dissimilés ; tu ne saurais imaginer quelles
ruses d’apache on emploie pour se soustraire aux vues de l’ennemi ; d’ailleurs les
avions boches sont extrêmement actifs et audacieux, et on affirme que leurs
observateurs savent leur métier. - Je viens de traverser notre malheureux village
pour aller téléphoner ; depuis qu’il a reçu une nouvelle averse de 150, il est
minable, et paraît désert : défense d’y passer sans nécessité de service, et encore
faut-il se glisser le long

des restes des maisons, car les
« drachens » ouvrent l’œil et le bon.


Je viens d’apprendre la mort, à Verdun, de 3 soldat sergents que j’avais
connus au dépôt de Qernes ; les malheureux se réjouissaient de rester longtemps au
dépôt, et voilà qu’un beau jour ils ont été versés dans un Régt actif, d’où ils ne reviendront pas, hélas ! Vois-tu, quand on se raccroche
trop, on ne sait jamais si on fait bien ou mal ; la vie est maintenant si pleine
d’ironie et d’imprévu ! - Ainsi, je ne






voudrais pas, pour beaucoup, être versé dans un Régt
territorial : j’y perdrais mon emploi, et deviendrais l’un des jeunes au lieu d’être
quasi le doyen des sous-officiers.


Tu sais, je n’oublie pas ta bague, mais je n’ai pas encore pu trouver un ouvrier
adroit ; ce sera pour bientôt, ma petite.


En attendant, mes biens tendres baisers pour toi et nos chéris.


Jean


P.S. Pas encore de réponse de Hatier



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