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Transcription :


Vendredi, le 5.5.16.


Ma Louisette,


J'ai reçu, hier, ta lettre du 1er mai, la première depuis ton retour à Bourges. Et
comme elle est longue, détaillée, gentille, elle m'a été très agréable ;
je t'en remercie, et je la relirai en attendant la prochaine.


J'ignorais que tu avais voyagé de nuit, et comme il fait beau, tu as bien fait ;
les enfants ont dormi presque tout le temps, il y avait peu d'arrêt, enfin vous
n'avez pas pris froid : tout est donc pour le mieux. Sans compter que la compagnie
de Mme Lautissier t'a aidée à passer les longues heures. Quant à ton panier d’œufs,
il devait être lourd à porter d'un train à l'autre. Reste la mésaventure du cocher
si peu complaisant : si j'avais été




là j'aurais peut-être secoué sa plèvre.


Je m'explique ton regret de quitter la campagne, déjà si jolie ; mais pour avoir le
plaisir de revenir, il faut avoir la peine de partir. Somme toute,
ns n'avons pas eu tort d'aller à Mazilly,
malgré nos petites misères du début si allègrement supportées quand
ns sommes ensemble. Cela t'a permis de
revoir Père, d'arranger son jardinet, de te distraire, et finalement de passer une
délicieuse semaine au grand air ; je suis convaincu que ta santé et celle des
enfants ne s'en trouveront pas mal.


Quant à tes petites misères d'ordre budgétaire, elles ne me surprennent aucunement,
tant les prix de toutes choses augmentent rapidement. Je n'en tire qu'une seule
conclusion, un peu amère : c'est qu'après la guerre, nos recettes restant
stationnaires, nous serons sensiblement moins riches qu'avant, et qu'il faudra
organiser notre budget en conséquence. Mais de cela aussi
ns en viendrons à bout, va,




et ne t'en faits
pas.


Les oranges ne m'ont pas paru mauvaises à distance, non plus que la pâte de
mandarines ; tu sais, c'est sans malice que je le dis, et simplement te taquiner. Je
sais bien que tu me les aurais fait goûter si cela avait été possible.


Tu me dis que Père et Marie viendront sans doute passer le moins
de juin chez toi ; ce serait parfait, mais la supporteras-tu ? Ton dernier et court
séjour chez elle paraissait t'en avoir rassasiée pour longtemps. Enfin, éspérons
qu'elle sera plus traitable chez toi que chez elle. Et puis, en s'en allant, ils
emmèneront peut-être notre Minet à Mazilly. A ce propos, j'espère que ce blondin,
qui n'aura peut-être que 7 ou 8 semaines de classe ce trimestre ci, va travailler
ferme ; rappelle-le lui pour moi, dis ?




J'ai étrenné hier ma vareuse ; elle va bien, est élégante (quasi trop), et me
satisfait pleinement ; mais la douloureuse a sérieusement écornée ma bourse. Comme
il fait très lourd, je sue dedans comme à la canicule.


Et voilà tout.


A mon tour, je t'embrasse d'une manière bien câline, sans oublier mes chéris.


Jean



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