Affichage détaillé (Des lettres, des liens)


FRAD071_19160423_53J6_0581

Transcription :


23 Avril 1916.


Ma petite Femme,


Aujourd’hui jour de Pâques, très grand solennel, etc,… ; à cette heure 9hres ½] je vous vois descendant à St-André, faire vos dévotions.
Pour nous, c’est tout autre chose ; notre réveil a été agrémenté par une violente
canonnade sur les avions boches, mais hélas aucun d’eux n’a été descendu sous nos
yeux. Depuis, comme il faut beau et très clair, les gros noirs donnent de la voix
furieusement. Je regarde et j’ecoute en philosophe, car mon bureau a été transféré
assez loin en arrière du village, dans un coin où il n’est jamais tombé d’obus, et
où il n’en tombera pas vraisemblablement, car il n’y a aucun objectif aux alentours.
On peut donc dormir aussi tranquille que moi, dont les nuits ne sont peuplées




que de songes agréables : échos de notre récent « remariage »… ! Et toi ? dors-tu
bien ? Le cafard a-t-il, cessé ses ébats sur son plafond cervical ? le mien
recommence à faire le mort.


Hier, nous avons eu une journée détestable ; la pluie est tombée sans arrêt, par
rafales, violente, froide, transformant les chemins en fondrières. Bref, c’etait le
tableau du début de mars, à notre arrivée ici ; aujourd’hui, le soleil rit, les
champs inondés brillent partout ; serait-ce la fin du mauvais temps ?


La nouvelle officielle du débarquement russe a produit ici une grosse impression ;
personne n’y voulait croire, tant on est devenu défiant et sceptique ; maintenant il
faut bien reconnaître que le fait est exact, mais on incline à penser qu’il s’agit
d’un faible effectif et que la nouvelle a plutôt une importance morale que
militaire. Qui vivra verra.


En arrivant, je me suis occupé à compléter mon « trousseau ». On m’a




remis sans difficulté aucune 2 jolis caleçons neufs, en solide tissu : donc, tes
regrets peuvent disparaître. Comme mon pantalon de tous les jours commençait à
bailler le long des cuisses, je l’ai échangé contre un beau en velours bleu ciel :
ce sera moins chaud et moins lourd que le drap. Je me suis encore enrichi d’une
paire de chaussettes qui montent jusqu’aux genoux, sans compter ma brosse et un
couvre-casque. Tu vois que je ne manque de rien.


Ponpat m’a écrit 2 fois au sujet de mon affaire d’Intendance, très gentiment, mais
sans m’apporter aucun fait nouveau. Il est garé, mais se plaint de faire 18 à 20
heures de bureau par jour ; à ce compte, j’aime autant le mien où je suis maître et
seigneur, sans courir beaucoup plus de risques que lui.


Et voici votre dernière semaine de vacances entamée ; espérons que les




enfants pourront en jouir largement et rougir leurs joues. Tu n’oublie pas que tu as
des papiers dans l’armoire de Mazilly, et je souhaite que ton retour ait lieu sans
encombre. Vous sera-t-il possible d’aller dire bonjour à la rivière ? Mon bref
séjour à l’ermitage me laisse un bon souvenir : je suis heureux d’avoir pu jeter un
coup d’œil sur ce coin accueillant.


Pense à me donner des nouvelles du retour de Catherine et de la santé de la mère
Bussière. Je n’ai pas encore écrit à Alger ni au Coteau, comptant que tu t’en serais
chargée.


Et voilà tout. Embrasse Père et Marie pour moi, fais de tendres caresses à nos gars,
à toi, mes plus calins baisers.


Jean



Aucun commentaire