Affichage détaillé (Des lettres, des liens)


FRAD071_19160324_53J6_0546

Transcription :


Vendredi, 24 Mars 1916.


Ma Louise,


Absolument rien de nouveau depuis ma lettre d’avant-hier ; le temps est redevenu
mauvais, cette nuit et ce matin il a neigé assez abondamment : espérons que le
printemps arrivera bientôt définitivement, d’ailleurs au repos nous ne souffrons
pas beaucoup de ces retours du froid.


On est en train de ns maculer un nouveau vaccin,
contre les maladies paratyphoïdiques ; il faut 4 injections analogues à celles que
j’ai reçues à Bourges contre la typhoïde ; mêmes réactions fiévreuses : aussi les
gars rouspètent. Je n’ai pas encore apporté mon épaule à la lancette, ce sera pour
un de ces jours.


Tu me signalais avec raison la petite lettre de Minet, tout à fait correcte, avec 1
seule faute d’orthographe ; ce petit




bonhomme fait des progrès, et pour l’en récompenser tu l’embrasseras bien
tendrement pour son papa.


Père a rapidement répondu à ma dernière lettre ; sa réponse est ci-incluse, et ne te
satisfera pas. Quant à moi, elle ne me surprend guère, et dûsses-tu t’en
scandaliser, j’ajoute qu’elle ne m’est pas autrement désagréable. En cas d’echec,
j’aurais regretté, surtout pour toi, de ne pas avoir utilisé
tenté cette chance ; puisqu’elle ns manque, (par la
faute, non des personnes, mais des circonstances), arrive ce qui pourra. Si je
réussis, je ne devrai rien à personne et serai doublement content ; si j’échoue, je
n’aurai rien à me reprocher. Et voilà ; tu t’expliques sans peine mon état
d’esprit.


Je suis content pour toi surtout, que ton affaire de relocation se soit rapidement et
facilement solutionnée ; sans compter qu’elle l’a été avantageusement. Mais
enfin ;




as-tu peiné beaucoup pour remettre ton appartement en état ? Cela m’ennuierait, tu
sais ; je ne veux pas que tu deviennes, même occasionnellement, « femme de ménage ».
Tu me dis que tu travailles avec ardeur ;
c’est parfait pen intention ; mais la limite de tes forces ? Il faudra que je gourmande, sérieusement,
un de ces jours, auprès de toi.


A ce sujet, rien de nouveau ; c’est toujours l’incertitude au sujet des départs ;
quelqu’un peut passer avant moi, à bon droit d’ailleurs. Donc il est prudent de ne
pas prendre au pied de la lettre ce que je t’ai écrit sur le chapitre permission ;
il y faut plutôt voir des prévisions.


France vient de m’écrire une longue carte très affectueuse, et comme toujours
débordante d’optimisme : décidément il a la foi robuste ; mais est-elle si réelle
qu’elle en a l’air ? Ou bien prend-il au sérieux tout ce qu’écrivent nos
journaux ? Dans ce dernier




cas, j’aurais un peu moins d’estime pour son jugement. Enfin, il se plaint du soleil
et moi de la neige : jolie coïncidence, n’est-ce pas ? Tiens, après tout, pourquoi
ne t’enverrais je pas sa carte : elle occupera q.q.
minutes de veillée.


Et c’est tout, avec mes tendres caresses pour toute ma petite maisonnée.


Jean



Aucun commentaire