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Transcription :


Mercredi 22 Mars 1916.


Ma Louisette,


Je n’ai rien recu de toi depuis la lettre que m’a remis Berthelier, et j’ai répondu à
tes questions ; aussi suis-je un peu à court.


Jasinski m’a envoyé un certificat de profession fort « pommadé » ; sa lettre était
non moins aimable : il attend ma visite, et se plaint d’être souffrant depuis
longtemps. Par contre mon greffier m’a réclamé à l’avance 1f.35,
bien que je lui ai promis de les lui envoyer dès réception de la pièce (parce que
j’en ignorais le coût) ; cet animal me fait perdre 8 jours, mais cela n’a sans doute
pas grande importance.


Nous sommes réinstallés exactement dans les mêmes conditions que précédemment ; pas
trop de besogne, assez de calme, de la




paille fraîche, du bœuf en abondance, que faut-il de plus ? Cela durera ainsi
jusqu’au 31 au soir ; puis, tranchée.


Le prochain départ de permissionnaires est fixé au 29 et au 30 mars (au lieu des 27
et 28 que je prévoyais) afin de donner aux derniers soldats partis le temps de
rentrer au Régt. Donc les
départs suivants seront vraisemblablement fixés au 10 et 11 avril, puis 22 et 23
avril ; il me faut 2 jours pour arriver (vers 3 hres du matin) soit à Bourges, soit à
Moulins.


Le 2e départ (22 et 23) serait trop tard, me semble-t-il, je ne
serais avec vous que le 25. Donc il vaut mieux partir le 11 avril, je vous
rejoindrai le 13 ; comme tu le dis, André gagnera 2 jours de vacances
supplémentaires, ns passerons ensemble à Mazilly
presque toute la semaine sainte (du 14 inclus au 21 inclus) ; et si le temps est
tant soit peu favorable, nous




jouirons largement de cette réunion ; même si le temps est mauvais, nous ne serons
pas à plaindre, va. - Ne sois pas trop surprise des petites contradictions qui
existent dans mes lettres, au sujet des dates de départ en permission : elles
s’expliquent par les contre-ordres et hésitations qui sont notre régime normal de
vie. Dis-toi seulement que c’est ma toujours la dernière de mes lettres
qui dit vrai, jusqu’à nouvel ordre.


Mon André a eu de nombreuses bonnes notes qui me font plaisir ; mais sa place en
histoire et géographie m’a surpris, et surtout je ne m’explique pas qu’il n’ait pas
aperçu les erreurs qui’il avait écrites sur son résumé ; à quoi lui
sert d’avoir un livre s’il ne s’en sert pas ? Enfin j’espère qu’il réparera cet
accident.


- Je reçois à l’instant le mot que tu m’as envoyé dimanche soir ; bien pour la
promenade et l’herborisation ; mieux encore pour la




jupe que tu as bravement confectionnée : je te verrai donc un peu en toilette. A
propos de robe, j’ai un nouveau camarade, garçon intelligent et débrouillard, qui
est le secrétaire de Mme Paquin ; il me raconte des choses fort
intéressantes sur la vie de cette grande maison, sur le recrutement et les moyens
d’existence de leur vingtaine de mannequins, sur leurs procédés de publicité ; je te
raconterai cela bientôt, et qui sait nous irons peut-être visiter
q.q. jour sa maison : il me l’a très
gentiment offert.


- La bataille de Verdun paraît finie, malgré les essais d’offensive sur Malancourt et
incontestablement les Boches ont pris « la pile ». Que vont-ils faire ? Panser leurs
plaies, ou tenter la fortune ailleurs ? Chez nous, on ne doit pas rester inactif ;
toutes sortes de bruits circulent, que je puis te rapporter, mais il semblerait que
le grand effort final n’est pas loin. De plus en plus je crois que
ns ne ferons pas une nouvelle campagne
d’automne.


Tendres bises à la ronde. Jean



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